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HPV

Bientôt une simple prise de sang pour diagnostiquer un cancer du col de l'utérus ?

Par Mathilde Debry

Des chercheurs lorrains ont démontré qu’il était possible de diagnostiquer certains cancers induits par le papillomavirus humain (HPV) grâce à l’analyse d’une simple prise de sang. Une première. 

Svitlana Hulko / istock.
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Les papillomavirus (HPV) sont liés à l'apparition de plusieurs cancers : col de l'utérus, vagin, vulve, mais aussi anus, pénis et plusieurs cancers des voies aérodigestives supérieures (cavité orale, oropharynx, amygdales).
Actuellement, le dépistage du cancer du col de l'utérus se fait par l'analyse des cellules du col et/ ou la réalisation du test HPV-HR au cours d'un frottis.

L’Institut de Cancérologie de Lorraine (ICL), en collaboration avec l’Institut du Cancer Joliot Curie de Dakar et le groupe Cerba HealthCare, vient de finaliser un travail de recherche démontrant qu’il est possible de diagnostiquer certains cancers induits par le papillomavirus humain (HPV) grâce à l’analyse d’une simple prise de sang. Ce travail, publié dans la revue Clinical Cancer Research, offre des perspectives dans l’approche non invasive du diagnostic de certains cancers, et permettra d’optimiser le suivi biologique des patients durant leur traitement.

Séquençage de nouvelle génération

Des travaux conduits depuis une vingtaine d’années ont montré que, chez les personnes atteintes de cancer, des petits fragments de l’ADN provenant des cellules tumorales sont présents dans le sang. Toutefois, ces fragments sont difficiles à mettre en évidence car peu nombreux et mélangés à de grandes quantités d’ADN "normal".

Devant cette difficulté à distinguer l’ADN tumoral de l’ADN non tumoral, les équipes de l’ICL ont concentré leurs efforts sur un type de cancers qui présentent la particularité d'être induits par les papillomavirus humains (HPV), pour savoir s'il était possible de poser le diagnostic de cancers associés à ces virus, quel que soit le type de cancer et le type de virus. Pour cela, ils ont fait appel la technique "CaptHPV", initialement conçue pour l'analyse des tumeurs, et qui, dans le cadre de cette nouvelle étude, a été adaptée à l'analyse des échantillons sanguins. Cette méthode permet de détecter tous les types d'HPV identifiés à ce jour et d'en donner les caractéristiques complètes grâce aux techniques dites de "séquençage de nouvelle génération" (ou NGS).

En 2016, l’essai clinique CaptHPV a été mis en place par l’Institut de Cancérologie de Lorraine, en collaboration avec une équipe médicale du Sénégal, pays où la prévalence de certains types d'HPV est différente de celle observée en France, et Cerba HealthCare, expert dans l'analyse des biomarqueurs tumoraux.

Une concordance très forte

Au terme de l’étude, les résultats obtenus dans chacun des laboratoires ont été comparés, ce qui a montré une concordance très forte entre les deux types d’échantillons. Précisément, chez 77 des 80 patients porteurs d'un cancer HPV-associé, l'analyse de l'échantillon sanguin a donné les mêmes résultats que l'analyse de la tumeur, ce qui correspond à une sensibilité de 95%.

Dans un seul des 54 cas de cancers HPV négatifs, l'analyse du sang a mis en évidence des fragments d'ADN viral (spécificité de 98,1%). De plus, la méthode originale a fourni, à partir de l’échantillon sanguin, un descriptif détaillé de la nature et des caractéristiques du génome viral associé à la tumeur. "Pour tous les patients, l’analyse d’un prélèvement sanguin constitue une alternative simple et non invasive aux prélèvements dirigés sous imagerie qui ne sont pas exempts de risques", indique l’Institut de Cancérologie de Lorraine dans un communiqué.

"Optimiser le suivi biologique des patients"

"La détection d’ADN viral circulant sera un élément biologique important permettant d’optimiser le suivi biologique des patients durant le traitement et la surveillance post-thérapeutique. En effet, le fait d’avoir au préalable défini précisément le profil viral de la tumeur permettra de connaître les paramètres principaux sur lesquels reposera le suivi biologique", commente le Pr. Alexandre Harlé, biologiste coordonnateur de l’étude.

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