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Gynécologie

Les grossesses de plus en plus tardives n’entraînent pas de baisse de la fécondité

Par Mathilde Debry

On pourrait penser que plus on a des enfants tard, moins on en a. Et bien pas du tout !

Ridofranz / istock.
C’est en Bulgarie (26,3 ans), en Roumanie (26,9 ans) et en Slovaquie (27,2 ans) que les mères sont les plus jeunes à l’arrivée de leur premier enfant.
Les plus âgées sont les Italiennes (31,3 ans), suivies des Espagnoles (31,1 ans) et des Luxembourgeoises (31,1 ans).
En 2019, les femmes avaient en moyenne, dans l’Union européenne, 29,4 ans à la naissance de leur premier enfant, contre 28,8 ans en 2013.

"Les maternités tardives n’entraînent pas une baisse de la fécondité dans les pays européens". C’est la conclusion surprenante d’une nouvelle étude de l’Ined.

L'âge de la première grossesse recule partout

Le recul de l’âge des premières maternités est un mouvement général qui résulte en premier lieu d’une baisse de la fécondité des femmes jeunes, induite notamment par la diffusion de méthodes de contraception. Cette baisse de la fécondité est également associée à une transition plus longue vers l’âge adulte (départ tardif du domicile parental, hausse générale des diplômes, accès plus long à un premier emploi stable). En France, l’âge moyen des femmes à la naissance de leur premier enfant est passé de 26,5 ans en 1977 à 30,6 ans en 2016. Cette hausse de l’âge moyen à la maternité s’observe dans l’ensemble des pays européens.

"Dans l’ensemble, la fécondité baisse avant 30 ans et augmente après 30 ans entre 1996 et 2016", expliquent les chercheurs de l’Ined. "Mais, d’une manière générale, la hausse après 30 ans est plus importante non pas dans les pays où la baisse avant 30 ans est la plus prononcée (et donc là où il y a le plus de « retard à rattraper »), mais à l’inverse dans les pays où la baisse est plus modérée", poursuivent-ils. Cette comparaison montre que le raisonnement en termes de "retard et de rattrapage", s’il a du sens à l’échelle individuelle, ne permet pas de décrire la variabilité des évolutions de fécondité dans les différents pays européens : la baisse aux âges jeunes et la hausse aux âges élevés apparaissent plutôt comme des phénomènes simultanés, sans relation directe l’un avec l’autre.

Le taux de fécondité dépend de facteurs sociétaux

La clef explicative de la baisse ou de la hausse de la fécondité serait beaucoup plus sociétale. Car dans les pays où la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale est la plus difficile, les chercheurs ont observé à la fois moins de femmes actives et moins d’enfants, les femmes devant choisir entre travailler et élever leur progéniture. Dans les pays où cette conciliation est moins difficile, les mères sont davantage actives et les femmes actives ont davantage d’enfants.

"À l’échelle des pays, les effets de contexte dominent les contraintes individuelles, notamment biologiques", analysent donc les scientifiques. Il ajoutent : "les évolutions de la fécondité dans les différents pays européens résultent des modalités rendant possible la naissance d’enfants aux âges élevés – telles que les dispositions pour favoriser la conciliation des vies professionnelle et familiale, plus que de la baisse de la fécondité aux âges jeunes ou que des contraintes biologiques de la reproduction". Les politiques familiales et les conditions économiques conjoncturelles jouent donc un rôle majeur sur les niveaux de fécondité, bien plus que l’âge du premier enfant.