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Pandémie

18 biologistes relancent les interrogations sur l'origine du virus

Par Thierry Borsa

Saura-t-on un jour comment le coronavirus responsable de la pandémie de Covid-19 s'est transmis à l'homme ? La revue Science vient de publier un appel de 18 biologistes de renom pour relancer une enquête indépendante sur l'origine du virus SARS-CoV-2. 

Robert Way/iStock
Une étude menée par l'OMS et la Chine conclut à une transmission à partir d'un animal comme "la plus probable"
Ces travaux ont du mal à convaincre de nombreux scientifiques qui ne veulent pas écarter la thèse de l'accident de laboratoire

La thèse d'une transmission du coronavirus de la chauve-souris à l'homme à partir d'un hôte intermédiaire, avancée comme la plus probable à la suite d'une étude menée par l'OMS et la Chine, peine décidément à convaincre. Dans une lettre dans la revue Science publiée le 13 mai, un groupe de biologistes appelle à une nouvelle enquête "indépendante" qui reposerait sur l'analyse de données des laboratoires et des agences chinoises.

Et cette lettre relance l'hypothèse d'un "accident de laboratoire" : "Seules 4 des 313 pages du rapport sur lequel s'appuie les conclusions de l'enquête OMS-Chine traitent cette possibilité", écrivent les biologistes signataires de la lettre publiée le 13 mai qui estiment que les deux théories, celle de la transmission par un hôte animal intermédiaire et celle d'un virus issu de manipulations en laboratoire "n'ont pas été examinées de manière équilibrée".

La nature des recherches menées à Wuhan

Parmi les scientifiques qui ont participé à la rédaction de la lettre publiée dans Science, certains souhaitent un examen plus approfondi de la recherche sur "le gain de fonction". En clair, ils s'interrogent sur la nature des recherches menées à l'Institut de virologie de Wuhan -principal centre d'étude de virus de chauve-souris similaires au SARS-CoV-2- en appuyant sur la coïncidence de la présence de ce laboratoire à Wuhan et de l'apparition du coronavirus responsable de la pandémie de Covid-19 dans cette même ville à la fin de l'année 2019, même si cette date est sujette à caution puisque la présence du virus aurait été détectée dans plusieurs pays dès l'été 2019. 

Evidemment, la démarche des biologistes a suscité une réaction ulcérée des scientifiques chinois. Ces soupçons sont, selon Shi Zhengli, responsable des maladies émergentes à l'Institut de Wuhan, "déplacés" et pourraient même, à l'entendre, "nuire aux capacités du monde de répondre aux pandémies". Et sa réponse à la demande d'un nouvel examen des données de son institut est claire : "Ce n'est pas acceptable; qui peut fournir une preuve qui n'existent pas?".

Un appel de scientifiques dans une revue scientifique

Ce n'est pas la première fois que des doutes s'expriment sur les travaux menés jusqu'alors pour déterminer l'origine du virus à l'origine de la pandémie qui a fait à ce jour plus de trois millions de morts dans le monde. Déjà, en mars 2021, un groupe de 26 personnes, politiques et scientifiques, avait lancé dans le Wall Street Journal à une enquête plus approfondie sur le laboratoire de Wuhan. Mais cet appel avait été mal accueilli par une partie de la communauté scientifique au motif que ses signataires manquaient de l'expertise scientifique appropriée.

C'est la raison pour laquelle ce nouvel appel à des investigations complémentaires est cette fois signé uniquement par des biologistes qui ont tenu à ce que leur texte soit publié dans la revue Science. "Certains de nos co-auteurs ont dit qu'ils préféraient s'adresser à des collègues scientifiques dans une revue scientifique", souligne ainsi un des signataires, David Relman, microbiologiste de l'université de Stanford.

Une réglementation des expériences dangereuses

Que changerait la fait de savoir précisément quelle est l'origine du SARS-CoV-2 alors qu'en raison de l'ampleur et des graves conséquences de la pandémie, l'urgence semble aujourd'hui encore de trouver les réponses sanitaires et sociétales pour sortir de la crise ? Un autre signataires de la lettre publiée dans Science, Marc Lipsitch, épidémiologiste à l'université de Harvard, apporte un élément de réponse : "Il ne s'agit pas uniquement de savoir si un accident de laboratoire a causé cette pandémie, j'aimerais que l'attention se concentre sur la réglementation des expériences dangereuses, car nous avons vu ce qu'une pandémie peut nous faire à tous et nous devrions être extrêmement sûrs avant de faire quoi que ce soit qui augmente encore ce type de risque".