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Archéologie

Le cancer était déjà là au Moyen Âge

Par Jean-Guillaume Bayard

La maladie aurait touché entre 9 et 14% des adultes britanniques à l’époque médiévale.

tuulimaa/iStock
Les chercheurs ont ont utilisé des rayons X et des tomodensitogrammes, une technique d’imagerie qui permet de numériser et de reconstruire en 2D ou 3D des images de structures anatomiques.
Jusqu'alors, le cancer était présenté comme rare à cette époque, affectant moins de 1% de la population.
Aujourd'hui, le cancer est présent chez près de la moitié des personnes décédées, que ça en soit la cause ou non.

Le cancer est souvent pointé comme une maladie de notre siècle. Une nouvelle étude publiée le 4 mai dans la revue Cancer assure pourtant que cette pathologie était déjà présente dès le Moyen Âge. Des chercheurs de la prestigieuse université britannique de Cambridge ont examiné 143 squelettes datant du VI au XVIe siècle en et estiment qu’entre 9 et 14% des adultes britanniques à l’époque médiévale auraient contracté un cancer. 

De nouvelles techniques d’analyse des squelettes

Les chercheurs estiment que la prévalence du cancer à l’époque médiévale est environ dix fois plus élevée qu'on ne le pensait auparavant. Des recherches antérieures ont suggéré que le cancer était rare, affectant moins de 1% de la population mais ces examens se sont contentés d’observer l'extérieur de l'os à la recherche de lésions. Dans cette nouvelle étude, les chercheurs sont allés plus loin et ont utilisé des rayons X et des tomodensitogrammes, une technique d’imagerie qui permet de numériser et de reconstruire en 2D ou 3D des images de structures anatomiques. “Grâce à la tomodensitométrie, nous avons pu voir des lésions cancéreuses cachées à l'intérieur d'un os qui semblait tout à fait normal à l'extérieur”, assure le Dr Jenna Dittmar, co-autrice de l’étude.

Parmi ces squelettes, nombre d’entre eux n’ont donc présenté aucun signe de cancer mais cela n’indique pas forcément que les individus n’en ont pas contractés. “La majorité des cancers se forment dans les organes des tissus mous depuis longtemps dégradés dans les vestiges médiévaux. Seuls certains cancers se propagent aux os, et, parmi eux, seuls quelques-uns sont visibles à sa surface. Nous avons donc recherché dans l'os des signes de malignité”, précise Piers Mitchell, chercheur au département d’archéologie de l’université de Cambridge et auteur principal de l’étude. Entre un tiers et la moitié des personnes atteintes de cancers de ces tissus mous vont voir leur tumeur se propager jusqu’à leurs os. L’équipe de chercheurs a trouvé des signes de malignité dans les os de cinq personnes, avec une prévalence minimale de 3,5%. “Nous avons combiné ces données avec des preuves de métastases osseuses de notre étude pour estimer les taux de cancer pour la Grande-Bretagne médiévale”, poursuit Piers Mitchell.

Aujourd’hui, le cancer est présent chez 40 à 50% des personnes décédées

Ces nouvelles analyses ont révélé une prévalence jusque-là sous-estimée du cancer à l’époque médiévale. “Jusqu'à présent, on pensait que les causes les plus importantes de mauvaise santé chez les gens du Moyen Âge étaient les maladies infectieuses telles que la dysenterie et la peste bubonique, ainsi que la malnutrition et les blessures dues aux accidents ou à la guerre, détaille Jenna Dittmar. Nous devons maintenant ajouter le cancer comme l'une des principales classes de maladies qui affligeaient les gens du Moyen Âge.” Cependant, les chercheurs préviennent que la taille de l'échantillon est limitée et que le diagnostic du cancer chez les personnes mortes depuis des siècles est compliqué. “Nous avons besoin de nouvelles études utilisant la tomodensitométrie de squelettes apparemment normaux dans différentes régions et périodes de temps pour voir à quel point le cancer était répandu dans les civilisations clés du passé”, a conclu Piers Mitchell.

La prévalence du cancer est aujourd’hui bien plus importante qu’à l’époque du Moyen Âge et les chercheurs estiment qu’entre 40 et 50% des britanniques ont un cancer au moment de leur décès, que cela en soit la cause ou non. Cette maladie est donc entre 3 à 4 fois plus courante actuellement à cause, notamment, des polluants devenus omniprésents depuis la révolution industrielle, de nos modes de vie et de l’allongement de l’espérance de vie qui donne au cancer plus de temps pour se développer.

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