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Greffe autologue

Des cellules souches contre le diabète

Par Mathias Germain

Une voie prometteuse de thérapie cellulaire dans le diabète insulinodépendant a été ouverte par des chercheurs brésiliens et américains.

Grâce à une autogreffe de cellules souches prélevées dans leur propre moelle osseuse, 23 diabétiques de type 1 volontaires ont pu se passer des piqûres quotidiennes d'insuline. Cette technique qui a été testée sur des patients âgés de 13 à 31 ans, par des équipes brésilienne (Dr Carlos Couri, université de Sao Paulo) et américaine (Pr Richard Burt, Northwestern University Feinberg School of Medicine, Chicago), évite ainsi à la destruction des cellules pancréatiques insulino-sécrétrices.
Après les greffes des ilôts de Langerhans expérimentées au début des années 2000, les greffes de cellules souches de la moelle osseuse marquent un nouveau tournant. D’après les résultats publiés dans le Journal of the American Medical Association (JAMA), 20 patients ont pu se passer d’insuline, dont 12 complètement, et 8 de façon transitoire pendant les deux ans et demi de l’étude.

« Dans tous les cas, ce qui a été observé, c’est une augmentation franche de la sécrétion de peptides C qui est un précurseur de l’insuline », commente le Pr Bruno Vergès, chef du service de diabéto-endocrinologie du CHU de Dijon. 24 mois après la transplantation, le taux de peptides C est passé de 225 ng/mL à 785 ng/mL.
Cette technique présente plusieurs avantages. Comme le patient reçoit ses propres cellules, il n'a pas à prendre un traitement immunosuppresseur à vie, contrairement à ce qui se passe lors des greffes de cellules pancréatiques.
En outre, « cette greffe autologue résout le problème d’approvisionnement qui est posé lors d’une transplantation d’ilôts de Langerhans », ajoute le Pr Vergès. En effet, la préservation et la sélection des cellules de Langerhans à greffer restent très délicates. Et les résultats cliniques sont restés modestes. Depuis 1988, plus de 500 transplantations de cellules pancréatiques de donneurs à des diabétiques insulinodépendants ont été réalisées dans le monde. Environ 11 % des patients greffés restent libres d'injections d'insuline un an après la transplantation. Et tous doivent prendre à vie un traitement immunosuppresseur.

 

Questions au Pr Laurence Kessler, service d'endocrinologie, diabète et maladies métaboliques au CHU de Strasbourg.

 

"Des alternatives intéressantes"

 
Quels sont les bénéfices de cet essai ?

Pr Laurence Kessler. C’est positif de développer d’autres alternatives à la greffe d’ilôts pancréatiques humains, car nous manquons de donneurs du fait notamment du vieillissement de la population. En outre, cet essai a intégré des patients qui ont été nouvellement diagnostiqués. Ils ont un diabète tout récent. C’est intéressant de promouvoir une technique qui intervient avant que le sujet ne développe des complications. Autre intérêt : on a pas besoin de traitements immunosuppresseurs car ce sont les propres cellules du patient.
 

Quelles sont vos réserves ?
Pr L. K. 
Des questions restent encore sans réponses. Par exemple, comme ce sont des diabétiques récents, ils ont probablement encore une secrétion insulinique endogène. Donc, il faut faire la part entre l’apport de la greffe et celle du patient pour que la démonstration soit complète. Or, l’étude n’apporte pas de réponses. 
En outre, ces greffes ont eu des effets secondaires. Une oligospremie chez un patient jeune, c’est un risque qui n’est pas négligeable. 9 patients sur 23 ont eu cet effet secondaire. Sans oublier les cas de pneumopathies. Donc, pour le moment, la balance bénéfices/risques n’est pas très favorable à cette voie. Il faut encore attendre d’autres résultats.
 

Quelle différence avec la greffe d’ilôts de Langerhans ?
Pr L. K. 
Cette technique bien établie ne s’adresse pas aux mêmes patients que l’étude américaine et brésilienne. Elle s’adresse à des patients en échec thérapeutique malgré un traitement optimal. Ils n’ont plus du tout de production endogène d’insuline. Ce sont des patients qui ont des hypoglycémies sévères qui engagent le pronostic vital. Face à cette situation, le risque de réaliser une greffe devient acceptable, même avec un traitement immunosuppresseur assez lourd. Cette greffe permet de leur restaurer une secrétion d’insuline. Dans 50 % des cas, ils n’ont plus besoin d’injection d’insuline. A Strasbourg, on traite entre deux et cinq patients par an, mais attention chaque patient nécessite deux injections d’ilôts.
Entretien avec MG



Des effets secondaires

Si cette nouvelle technique, développée par le Dr Couri et le Pr Burt, apparaît comme prometteuse, beaucoup de questions restent en suspens. Cette technique se fonde sur l’idée qu'il y a, dans la moelle osseuse, une source de cellules ancêtres des îlots de Langerhans. Certaines de ces cellules dérivées de la moelle expriment en effet les marqueurs spécifiques des cellules de Langerhans : un gène transporteur de glucose (Glut-2) et plusieurs protéines spécifiques de ces cellules pancréatiques. Mais, les chercheurs ne savent pas pour le moment quelles cellules dans la moelle osseuse peuvent se différencier en cellules pancréatiques et être capables de produire de l'insuline. Il pourrait s'agir de la cellule souche hématopoïétique de moelle osseuse (HSC). Un autre candidat est une cellule récemment découverte, la cellule progénitrice adulte multipotente (MAPC) : elle peut donner des cellules filles de presque tous les tissus et organes du corps. D’autre part, on ne sait pas non plus où ces cellules souches vont se loger.
En plus de ces interrogations, la greffe de cellules souches a eu des effets secondaires. « Il y a eu 3 pathologies endocriniennes auto-immunes, souligne le Pr Vergès. 2 patients ont développé des pneumonies nosocomiales, et 9 ont présenté une oligospermie. »