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Don du sang et coronavirus

“Depuis le début de la crise sanitaire, c’est plus de 100 000 dons de sang que nous n’avons pas pu obtenir”

Par La rédaction

Les stocks de poches de globules rouges de l’Etablissement français du sang ont atteint leurs réserves les plus basses depuis une décennie. A l'aube d’une seconde vague de Covid-19, il est nécessaire de continuer à donner son sang, selon Hervé Meinrad, le directeur de la collecte et de la production de l’EFS. 

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Les stocks de sang de l'Etablissement français du sang n'ont jamais été aussi bas depuis une décennie.
Avec le recours massif au télétravail et les interdictions de rassemblement, les points de collecte mobiles dans les entreprises et les universités ont vu leur capacité réduite respectivement de 80% et 90%.

Un seul don du sang peut potentiellement sauver trois vies. A l’heure où la France se prépare à subir une seconde vague de Covid-19, l’Etablissement français du sang (EFS) tente de se faire entendre. Au mois de septembre, les stocks de l’EFS sont tombés à leur plus bas niveau puis une dizaine d’années, avec seulement 82 000 poches de globules rouges disponibles. Dans le contexte particulier de la pandémie de Covid-19, du confinement généralisé au printemps dernier et du recours massif au télétravail dans certaines entreprises, les dons qui affluaient habituellement se sont faits plus rares. “On a besoin de collecter 10 000 dons par jour pour pouvoir approvisionner les besoins des établissements de santé, indique Hervé Meinrad, le directeur de la collecte et de la production à l’Etablissement français du sang. On délivre actuellement 45 000 poches de sang par semaine, il faut donc qu’en face, on ait l’approvisionnement utile et nécessaire pour pouvoir répondre aux besoins des établissements de santé.” 

Entre 80% et 90% de dons en moins sur les sites de collecte mobiles

Habituellement, les donneurs n’ont pas à faire la démarche de se déplacer sur les sites fixes de l’EFS puisque des sites mobiles se rendent à proximité des lieux des travails pour collecter leur sang. Mais la Covid-19 et le confinement ont mis un frein à cette dynamique. “Nous fonctionnons avec 120 sites fixes et une centaine de collectes mobiles par jour que nous organisons partout en France, dont 20 à 30% dans les entreprises et les universités. C’est quelque chose qui a quasiment disparu depuis la mi-mars, souligne Hervé Meinrad. On a perdu plus de 90% des collectes en milieu scolaire et universitaire, et plus de 80% de ce que nous assurions dans les entreprises. Sur la période, c’est plus de 100 000 dons de sang que nous n’avons pas pu obtenir, nous avons donc cherché de nouveaux lieux de collecte avec des salles prêtées par les mairies, mais nous n’avons pas réussi à compléter totalement les stocks.

De l’aveu même de l’Etablissement français du sang, bien que les communes se soient mobilisées pour mettre des locaux à disposition, il est pour l’heure compliqué de compenser les pertes de dons provenant habituellement des entreprises et des milieux scolaires. L’autre difficulté imputable à la Covid-19 se trouve au niveau des mairies, qui ne peuvent pas donner de salles trop grandes, à cause des interdictions de rassemblements.

Si les dons se font plus rares, les demandes des établissements hospitaliers restent constantes. “Soixante pour cent des transfusions sanguines sont liées à des opérations qui sont programmées, ce ne sont pas des situations d’urgence. Mais ce sont des interventions qui sont pourtant nécessaires, en chirurgie ou en oncologie par exemple”, tempère Hervé Meinrad. 

Par mesure de précaution, l’Etablissement français du sang refuse les dons de toute personne qui aurait eu des symptômes de la Covid-19. Les donneurs doivent respecter une période de 28 jours après la guérison — 14 jours pour les cas contacts — avant de pouvoir à nouveau participer à une collecte. Cette décision sert d’une part à protéger la santé des agents présents sur le lieu de collecte, mais également à éviter une potentielle contamination du sang. “Nous ne faisons pas de test spécifique [au coronavirus] sur les dons puisque c’est un virus qui a une voie de transmission respiratoire”, rappelle Hervé Meinrad, c’est la raison pour laquelle le filtrage des donneurs est effectué en amont, lors des questionnaires et des examens réalisés par les équipes avant le don. 

Préparer des stocks pour faire face à une seconde vague

Avec la crise du coronavirus, la collecte de sang apparaît essentielle pour maintenir à flot le système de santé, qui pourrait en avoir besoin. Avec un seul don, l’EFS fabrique trois produits: des poches de globules rouges, des plaquettes sanguines et du plasma sanguin. Sachant que les poches de sang ont une durée de vie de 42 jours et que les plaquettes ne tiennent qu’une semaine, il est nécessaire pour centres de collecte d’avoir un flux continu de donneurs pour répondre aux besoins des établissements de santé et des malades. “C’est le but de la démarche que nous avons lancée il y a quelques semaines: reconstituer les stocks qui sont très bas, les faire remonter relativement rapidement pour que dans les semaines qui arrivent, si jamais nous devions affronter une deuxième vague importante, nous puissions avoir un stock qui nous permette de faire face dans un premier temps.”  

Alors que le président de la République, Emmanuel Macron, doit s’exprimer dans quelques heures, et que le spectre de sanctions plus dures, comme le reconfinement partiel et le couvre-feu, sont dans toutes les têtes, Hervé Mainrad se veut confiant: “On s’adaptera en modifiant nos horaires d’ouverture et en prévenant autour de nos lieux de collecte pour permettre aux Français de venir donner malgré ces contraintes.

Toutes les informations relatives au don du sang sont à retrouver sur l’application pour téléphone et le site Internet de l’Etablissement français du sang. Sur l’application mobile, il est possible de réaliser un test vous indiquant si vous êtes en capacité ou non de donner votre sang.