ACCUEIL > QUESTION D'ACTU > Des stimulateurs vertébraux rétablissent la sensibilité des membres amputés

Feedback sensoriel

Des stimulateurs vertébraux rétablissent la sensibilité des membres amputés

Par Charlotte Arce

En utilisant des stimulateurs de la moelle épinière conçus pour soulager les douleurs chroniques, des chercheurs américains ont pu rétablir la sensibilité des porteurs de bras prothétique.

Photographer/iStock
Conçus pour soulager les douleurs chroniques, les électrodes implantés sur la moelle épinière ont permis à 4 volontaires de recouvrer les sensations de leur membre amputé.
Les participants ont ressenti des sensations naturelles et localisés au niveau de la main, des doigts et/ou de la paume.

Selon les spécialistes, 70 à 90 % des personnes ayant un membre amputé ressentent ce que l’on appelle des douleurs fantômes. Bien que leur membre (main, bras, jambe…) ne soit plus là, elles ressentent des douleurs intenses en même temps qu’une absence totale de sensibilité, même lorsqu’ils sont porteurs d’une prothèse. Elles sont ainsi par exemple capables de lacer leurs chaussures ou de casser un œuf, mais sans aucune sensation dans la main.

Des travaux menés par l’université de Pittsburgh (États-Unis), pourraient cependant les aider à recouvrer une sensibilité au niveau de leur membre amputé. Dans un communiqué publié sur le site du centre médical de l'université de Pittsburgh, et dans une étude parue sur le site eLife, ils expliquent avoir utilisé des stimulateurs de la moelle épinière couramment utilisés pour soulager les douleurs chroniques afin d’offrir une sensibilité aux porteurs de bras prothétique.

Des sensations naturelles et localisées

Pour les besoins de l’étude, quatre volontaires au bras amputé ont été équipés des stimulateurs qui ont recréé l’illusion de sensations dans leur membre manquant. “Ce qui est unique dans ce travail, c'est que nous utilisons des dispositifs qui sont déjà implantés chez 50 000 personnes par an pour soulager la douleur. Les médecins de tous les grands centres médicaux du pays savent comment effectuer ces procédures chirurgicales. Et nous obtenons des résultats similaires à ceux de dispositifs et de procédures hautement spécialisés”, s’est réjoui Lee Fisher, professeur adjoint de médecine physique et de réadaptation à l'école de médecine de l'université de Pittsburgh et auteur principal de l’étude.

Comment fonctionnent ces stimulateurs ? Ressemblant à de “gros spaghetti” selon le spécialiste, les électrodes courent le long de la moelle épinière, et sont implantés au sommet des racines nerveuses qui transmettent normalement les sensations du bras. Comme il s'agit d'un implant de la moelle épinière, même une personne amputée au niveau de l'épaule peut utiliser ce dispositif. Des impulsions électriques ont ensuite été envoyées à différents endroits des électrodes, et les participants devaient signaler ce qu’ils ressentaient et où.

Tous ont déclaré ressentir des sensations au niveau de leur bras ou leur main manquante. Trois d’entre eux ont rapporté des sensations localisées sur un seul doigt ou une partie de la paume. Lorsqu'on leur a demandé de décrire non seulement l'endroit mais aussi la manière dont la stimulation était ressentie, les quatre participants ont déclaré avoir ressenti des sensations naturelles, telles que le toucher et la pression, bien que ces sensations soient souvent mélangées à des sensations artificielles comme des picotements, des bourdonnements ou des fourmillements.

Selon les chercheurs, les électrodes et les sensations qu'ils engendrent restent pour la plupart en place pendant tout le mois que dure l'expérience. “La stabilité de ces dispositifs est vraiment essentielle, explique le professeur Fisher. Si les électrodes bougent, cela va changer ce qu'une personne ressent lorsque nous la stimulons.”

Le prochain grand défi des chercheurs est désormais de concevoir des stimulateurs vertébraux entièrement implantés plutôt que connectés à l’extérieur du corps. Ils souhaitent aussi démontrer que le retour sensoriel peut aider à améliorer le contrôle d'une main prothétique lors de tâches fonctionnelles, comme attacher des chaussures ou tenir un œuf sans l'écraser accidentellement. Enfin, ils souhaitent réduire la taille des contacts — les parties de l'électrode où le courant sort — afin que les utilisateurs puissent ressentir des sensations encore plus localisées.