ACCUEIL > QUESTION D'ACTU > Gilles Bonnefond : “L'absence des pharmaciens au Ségur de la santé est un manque de considération !”

Le Jour d'Après

Gilles Bonnefond : “L'absence des pharmaciens au Ségur de la santé est un manque de considération !”

Par Thierry Borsa

Au lendemain d'une crise sanitaire historique, le docteur jean-François Lemoine reçoit les personnalités marquantes de l'univers de la santé. Aujourdhui, le pharmacien Gilles Bonnefond, président de l'Union des syndicats des pharmaciens d'officine, défend pied à pied la place de son métier dans l'organisation de la médecine de ville.

DR

On a confié aux pharmaciens la continuité des soins !”. Sur le rôle de sa profession durant la crise de la Covid-19, Gilles Bonnefond est intarissable : “C'est nous qui avons rassuré les patients, renouvelé les traitements, éduqué les gens aux gestes barrière et distribué les masques aux professions de santé, ce qui n'a pas été le plus simple à gérer…

Si le président de l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine (USPO) n'est pas peu fier du bilan de l'action de ses confrères, il est aujourd'hui déterminé à réclamer son dû. “Il faut donner aux pharmaciens la place qui leur revient dans l'organisation de la médecine de ville, s'appuyer sur notre profession pour faire de la coordination”, affirme-t-il en ne cachant pas sa déception de ne pas avoir été convié au Ségur de la santé. “On voit bien que tout tourne autour de l'hôpital, pour nous, c'est un manque de considération…”

Il n'ira pas plus loin dans la critique mais derrière le visage souriant et l'accent chantant de cet homme du sud, lui-même pharmacien d'officine à Montélimar (Drôme), se cache une ferme résolution à donner tout l'espace que mérite, selon lui, son métier dans la santé de demain. “La demande des patients évolue”, explique-t-il en développant une analyse très argumentée de la répartition des rôles pour l'avenir des soins de ville. Une répartition dans laquelle il reconnaît la place centrale des médecins — tout en les invitant à réinventer leur modèle — en se positionnant à leurs côtés pour tout ce qui concerne l'accompagnement et le suivi du patient, le dépistage et la prévention.

La place de l'innovation

Une vision qui, pour Gilles Bonnefond, s'appuie aussi sur la place à donner à l'innovation. A commencer par la mise en œuvre du fameux DMP, le dossier médical partagé, qui peine à s'installer comme outil principal du parcours de soins et dont il se déclare partisan. Un modernisme qui l'incite aussi à vouloir bousculer “des règles de prescription et de dispensation trop complexes”, là encore en se référant à l'expérience de la crise sanitaire au cours de laquelle davantage de liberté avait été donné aux pharmaciens sur ces sujets “sans que cela entraîne une surconsommation”

En revanche, ne parlez pas à Gilles Bonnefond d'une modernité qui s'appellerait Amazon: “Eux ne font que distribuer, nous, nous accompagnons les patients !”. Sur ce sujet, soudain, le sourire du patron de l'USPO qui revendique sa pleine appartenance aux professions de santé semble se crisper.