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13 310 cas en 2013

Pic d’oreillons chez les jeunes adultes

Par la rédaction

Les cas groupés d’oreillons dans les collectivités de jeunes adultes (écoles d’ingénieurs, casernes et clubs sportifs) sont en nette recrudescence depuis le printemps 2013.

IMAGEBROKER/IMAGO/SIPA

Perçus comme une maladie infantile, les oreillons font leur retour et cette fois-ci chez les plus grands. Plusieurs foyers de cas groupés ont été détectés dans des collectivités de jeunes adultes depuis le début de l’année 2013. En mars dernier par exemple, ce sont les joueurs de trois clubs de rugby du Top 14, l’Aviron Bayonnais, le Biarritz Olympique et le Stade Toulousain, qui ont été touchés. En avril, ce sont plus de 70 étudiants des écoles d’ingénieurs de l’Institut national polytechnique de Grenoble qui ont été infectés par le virus ourlien, responsable des oreillons. Au total, l’Institut de veille sanitaire a identifié, au premier semestre 2013, sept foyers d’épidémies localisées survenues chez des 18-25 ans en Rhône-Alpes, Champagne-Ardenne, Nord-Pas-de-Calais, Ile-de-France et Aquitaine.

 
« Il y a manifestement un problème oreillons »

Toutes classes d’âge confondues, 13 310 signalements d’oreillons ont été recensés au cours des 7 premiers mois de l’année 2013, soit plus de triple qu’en 2012. La surestimation est possible, sachant que les généralistes effectuent leurs signalements sans avoir la confirmation du diagnostic des oreillons par analyse biologique. Le principal signe clinique qu’ils observent, l’inflammation et le gonflement des glandes salivaires parotides situées sous les oreilles, peut en effet être causé par une autre infection que celle du virus des oreillons. « Mais le réseau Sentinelles est un bon indicateur de tendances. Même si les 13 000 cas signalés n’en sont pas tous, il y a manifestement un problème oreillons. Sans doute pas aussi important que l’épidémie de rougeole que nous avons eue il y a deux ans, mais il peut le devenir, ce qui reste encore flou c’est l’ampleur du problème », confirme le Pr Jean-Paul Stahl, chef du service des maladies infectieuses du CHU de Grenoble.

Deux phénomènes pourraient conjointement expliquer ce retour en force des oreillons dans l’Hexagone. Tout d’abord, la couverture vaccinale du vaccin ROR, le vaccin combiné contre la rougeole, les oreillons et la rubéole, est insuffisante pour protéger correctement la population. Fin 2012, l’InVS estimait qu’un tiers des adolescents de 15 ans n’avaient pas reçu la 2e dose indispensable du vaccin. La France a d’ailleurs connu, pour cette raison, une forte épidémie de rougeole en 2011. Aux mêmes causes les mêmes effets, affirme le Pr Daniel Floret, président du Comité technique des vaccinations au sein du Haut Conseil pour la santé publique : « Etant donné que le vaccin combine la rougeole et les oreillons, il n’est pas incohérent que les difficultés que nous avons connues avec la rougeole se reproduisent avec les oreillons ».
 

Une protection vaccinale peu durable

A cette couverture vaccinale défaillante s’ajoute une difficulté avec le vaccin lui-même. Il est recommandé d’administrer le vaccin ROR aux bébés en 2 doses à 12 et 18 mois. Mais il se confirme désormais que son efficacité contre les oreillons diminue avec le temps. Résultat, parmi les 7 foyers de cas groupés recensés en 2013 par l’Institut de veille sanitaire, 73 % des jeunes adultes touchés avaient été correctement vaccinés pendant l’enfance.

 

Ecoutez le Pr Jean-Paul Stahl, chef du service des maladies infectieuses du CHU de Grenoble : « Il y a un problème d’efficacité vaccinal, c’est certain. A Grenoble, plus de la moitié des étudiants malades avaient été bien vaccinés »



L’enquête Sero-Inf, réalisée en 2009-2010 par l’Institut de veille sanitaire a montré que 14 % des sujets âgés de 20 à 24 ans et vaccinés dans l’enfance n'avaient pas d'anticorps à un taux considéré comme protecteur. Des épidémies similaires au cours desquelles 60 % à 80  % des sujets atteints avaient correctement reçu les deux doses de vaccins sont déjà survenues ces dernières années aux Etats-Unis, en Israël et aux Pays-Bas. « Ce n’est pas une baisse d’efficacité dramatique non plus, nuance le Pr Daniel Floret, président du Comité technique des vaccinations au sein du Haut Conseil pour la santé publique (HCSP) : dix ans après la 2e dose, on est encore à 85 % d’efficacité vaccinale ». Pour cette raison, le HCSP ne recommande pas d’administrer une 3e dose de rappel aux adolescents. Mais dans son avis récent sur la conduite à tenir en cas d’épisodes de cas groupés d’oreillons en collectivité, il préconise de proposer une vaccination de rappel aux jeunes adultes concernés, même s’ils ont déjà reçu 2 doses dans l’enfance. Car si la vaccination ne protège pas à coup sûr contre l’infection, elle permet de réduire très significativement les deux complications rares mais redoutées des oreillons : la méningite et l’orchite, c’est-à-dire l’inflammation des testicules, susceptible d’entraîner une stérilité.



Ecoutez le Pr Daniel Floret
, pédiatre et président du Comité technique des vaccinations : « Le risque d’inflammation des testicules est réduit d’un tiers et celui de méningite de 80 % grâce à la vaccination »

Les spécialistes maintiennent donc plus que jamais leur recommandation : toutes les personnes nées après 1980 doivent avoir reçu 2 doses du vaccin ROR. Et si ce n’est pas le cas, un rattrapage est fortement conseillé « surtout si l’on s’apprête à rejoindre à la rentrée une université, une classe préparatoire, une école d’ingénieurs ou une caserne », insiste Jean-Paul Stahl. Avec la recrudescence de cas observée par le réseau Sentinelles, le nombre de foyers d’oreillons dans ces collectivités de jeunes adultes, où le virus se propage facilement par les gouttelettes de salive, est appelé à se multiplier à la rentrée.