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Institut de psychiatrie de Londres

L'apprentissage du vocabulaire retardé par les tablettes

Par Bruno Martrette

Selon une étude anglaise, le vocabulaire s’acquiert par la conversation. Les enfants qui passent trop de temps devant les écrans auront plus de difficultés dans l'apprentissage des mots.

ANGOT/SIPA

Et si les tablettes tactiles et autres ordinateurs étaient nuisibles à l'apprentissage du vocabulaire par les enfants ? Le quotidien britannique Le Daily Mail rapporte depuis hier les résultats d'une étude anglaise publiée dans la revue Proceedings de l'Académie américaine des sciences, selon laquelle la «génération iPad», celle des enfants qui utilisent régulièrement les tablettes et les ordinateurs, connaît davantage de difficultés à apprendre les mots.

Pour arriver à cette conclusion, une équipe de chercheurs de l'Institut de psychiatrie du King’s College de Londres a analysé  le cerveau de 27 volontaires qui ont été scannés alors qu’ils apprenaient des mots inventés. Les chercheurs ont alors constaté que l’écoute, la répétition, et la conversation étaient les clés de la compréhension et de l’apprentissage des langues.
Et le Dr Marco Catani, auteur de l'étude, d'expliquer, « lors de l'apprentissage d'un nouveau mot, vous commencez d'abord par entendre un bruit, c'est en essayant de le répéter à de nombreuses reprises et en l'incluant petit à petit dans vos conversations que vous allez l'acquérir définitivement. C'est comme cela que vous augmentez votre vocabulaire. Un adulte connaît au final environ 30.000 mots ».
Les analyses ont par ailleurs révélé qu'une zone du cerveau, le faisceau arqué, était très importante dans le processus d'apprentissage. C'est un ensemble de fibres nerveuses qui connecte cette zone responsable de l’écoute et du décodage des sons à celle de l’élocution. Les scans cérébraux des volontaires ont ainsi démontré que faire travailler cette zone par la parole  facilite par la suite l’apprentissage de nouveaux mots. Cette information est d'autant plus importante qu'elle pourrait également apporter un nouvel éclairage sur les troubles de l'autisme ou de la dyslexie, soulignent ces chercheurs.

« Maintenant, que nous savons que c'est ainsi que nous apprenons de nouveaux mots, nous craignons que les enfants d'aujourd'hui aient moins de vocabulaire que ceux d'avant, car pour les nouvelles générations cet apprentissage se fait souvent par les écrans. Cette recherche que nous avons mené renforce donc la nécessité de maintenir la tradition orale en parlant le plus possible à nos enfants », avertit le Dr Marco Catani.


Cette étude confirme également le ressenti de certains Britanniques qui restent encore méfiants face à l'invasion des tablettes, smartphones et autres ordinateurs. Un sondage réalisé par le Musée du Design révélait encore récemment qu'une part importante d'entre eux considèrent toujours Internet comme une menace à la connaissance. Même si sur les 994 personnes interrogées, 53 % ont reconnu en savoir plus maintenant qu'auparavant, grâce au net, 37 % de ces Britanniques ont estimé que le recours de plus en plus important à cette technologie avait diminué leurs connaissances.