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Contamination

Coronavirus chinois : vers une nouvelle pandémie ?

Par le Dr Jean-Paul Marre

La contagiosité, et donc la diffusion, du coronavirus est en augmentation exponentielle et inquiète les chercheurs qui craignent que le virus ne se propage à travers le monde. Mais rien n’est perdu.

sam thomas/istock
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Le nouveau coronavirus qui se propage depuis Wuhan, en Chine, le "n2019-CorV", est désormais susceptible de devenir une épidémie à l’échelle mondiale, c’est-à-dire une pandémie. C'est ce que pensent tout haut de nombreux experts des maladies infectieuses. Le Pr Anthony Fauci, directeur du National Institute of Allergy and Infectious Disease, aux USA, et pionnier du SIDA, en est intimement persuadé et le dit dans une interview au New York Times.

Selon ces mêmes scientifiques, à ce stade, le coronavirus de Wuhan se propage davantage comme une grippe, qui est hautement transmissible, que comme ses cousins coronavirus lents, comme le SRAS et le MERS. C’est ce que confirme une étude du Lancet, ainsi qu’une autre dans le New England Journal of Medicine : cette dernière estime qu’à ce stade initial de l’épidémie, le nombre de cas double tous les 7,4 jours !

Une croissance exponentielle

Au cours des trois dernières semaines, le nombre de cas confirmés en laboratoire est ainsi passé d'environ 50 en Chine, à plus de 20 000 officiellement (ce qui correspond à plus de 100 000 selon des modèles épidémiologiques classiques), avec plus de 400 morts rapportés. Des chiffres amenés cependant à changer tous les jours.

Par comparaison, lorsque le SRAS a été contenu après s'être propagé pendant neuf mois en 2003, 8 098 cas seulement avaient été confirmés. L'autre coronavirus létal, le MERS, circule depuis 2012 dans la péninsule arabique, mais on n’en a détecté que 2 500 cas environ.

Sauf mutation, qui diminuerait son potentiel de contagiosité, le Pr Fauci pense qu’il est de plus en plus improbable que cette épidémie puisse être contenue très longtemps. Les frontières, même fermées, seront toujours perméables surtout si, comme c’est probable, le coronavirus chinois se propage comme le fait la grippe. Par contre, à ce stade, les experts ne savent toujours pas dans quelle mesure il sera mortel (« létalité »).

Taux de létalité encore inconnu

En effet, la létalité est estimée à partir de populations qui ne sont pas encore bien analysées : manque de tests dans certains cas et impossibilité d’assurer un contrôle de qualité fiable sur de si grandes séries. Actuellement, elle serait estimée à 2% pour ce nouveau coronavirus. C'est moins que le SRAS (10%) et le MERS (30%), mais beaucoup plus que la grippe (moins de 0,1% en général, sauf avec le H1N1 de 1918 qui aurait atteint 2,5%). Or, si le 2019-nCorV est aussi contagieux que la grippe, l'épidémie est donc susceptible de se transformer en pandémie et le risque sera directement lié aux décès qu'il est susceptible de provoquer.

Une estimation précise de la létalité du virus ne sera cependant possible que quand des études basées sur un diagnostic virologique précis pourront être effectuées : analyses systématiques de sang en population pour voir combien de personnes ont des anticorps (et ont donc été en contact avec le virus), études à domicile pour savoir avec quelle fréquence le coronavirus infecte les membres de la famille d’un malade, et séquençage génétique pour déterminer si certaines souches sont plus dangereuses que les autres.

Contagieux avant les premiers symptômes

Diverses informations en provenance de Chine et une étude en Allemagne, publiée dans le New England Journal of Medicine, indiquent que certaines personnes infectées par le nouveau coronavirus peuvent le transmettre avant même qu'elles présentent le moindre symptôme ("incubation"). Dans les quelques études disponibles, l'incubation serait en moyenne de 5 jours, mais avec de fortes variations (jusqu'à 12 jours).

Cela rend donc le contrôle des frontières encore plus difficile : si les caméras thermiques ne détectent pas des malades qui sont déjà infectés, mais sans symptômes, et donc capables de contaminer activement les autres, le nombre réel de malades asymptomatiques manqués pourrait être supérieur à 75%, toujours d’après les experts.

Le calme avant la tempête ?

La vie en Chine a radicalement changé au cours des dernières semaines. Des villes et des régions entières sont en quarantaine, avec la population confinée à domicile, des rues désertes, les événements publics annulés et des citoyens qui, quand ils sortent pour acheter de la nourriture, portent des masques et se lavent les mains. Tout cela a peut-être ralenti la croissance des contaminations, mais cela peut ne pas durer éternellement.

D'autres inconnues importantes de cette épidémie portent sur : quelles sont les personnes les plus à risque ? est-ce que c’est la toux ou les surfaces contaminées qui sont plus susceptibles de transmettre le virus ? à quelle vitesse le virus peut muter ? est-ce qu'il disparaîtra lorsque le temps se réchauffera ? Tous ces facteurs sont capable de réduire ou d'augmenter la contagiosité.

Gagner du temps n’est pas inutile

Si la fermeture des frontières aux agents pathogènes hautement infectieux ne réussit jamais complètement  selon les experts, néanmoins, les quarantaines, les fermetures de frontières et le dépistage rigoureux du virus peuvent ralentir la propagation de la maladie.

Pour le moment, les experts pensent qu'il semble peu probable que le virus se propage largement dans les pays dotés de systèmes de santé efficients. Tout ceci fera donc gagner du temps pour attendre les chaleurs de l’été et les futurs traitements médicamenteux ou vaccins.

Mais, la cible la plus vulnérable au coronavirus est une partie de l’Asie mais surtout, l'Afrique. Plus d'un million de Chinois expatriés y travaillent et de nombreux Africains travaillent et étudient en Chine. Si quelqu'un sur ce continent a le virus actuellement, il n'est pas sûr que les systèmes de diagnostic soient en place pour le détecter. Il faut donc compter surtout sur le soleil !

Compter sur la saisonnalité

Le soleil et la chaleur sont en effet des éléments clés du problèmes. De nombreux virus, comme la grippe, la rougeole et les norovirus, se propagent très bien dans l'air froid et moins bien quand il fait chaud. Il en est peut-être de même avec ce coronavirus car l'épidémie de SRAS avait commencé en hiver et la transmission du MERS culmine également à ce moment-là (bien que cela puisse être lié à la transmission chez les chameaux qui naissent à cette période).

Mais même si l’épidémie actuelle s'estompe en juin, il pourrait y avoir une deuxième vague à l'automne, comme cela s'est produit dans toutes les grandes pandémies de grippe, y compris celles qui ont commencé en 1918 et 2009.

Un délai pour les traitements et les vaccins

À ce moment-là, certains traitements pourraient avoir été mis au point (certains médicaments anti-VIH, des anti-JAK comme le baracitinib…), même s'ils auront besoin d’études cliniques rigoureuses pour les rendre disponibles. En tout cas, les cultures de virus sont déjà disponibles pour rechercher toutes les molécules potentiellement efficaces.

Bien que les techniques modernes permettent de créer des "candidats vaccins" en quelques jours, ceux-ci doivent ensuite être soigneusement testés dans un processus rigoureux, d'abord sur des animaux, puis sur des volontaires sains humains, avant de les essayer à grande échelle sur des malades. Cela prend des mois, sinon des années.

Ce processus ne peut pas être accéléré, car des effets secondaires dangereux peuvent mettre du temps à apparaître. Le travail est donc colossal mais il est réconfortant de voir la vitesse à laquelle toutes les données scientifiques utiles sont désormais mises à disposition par les différentes équipes autour du monde.

Ci-dessous, le lien vers l'émission "L'Info du Vrai" diffusée sur Canal le 3 février sur le thème: "Le virus qui fait chuter la bourse".

https://www.canalplus.com/actualites/l-info-du-vrai-l-actu/h/8941519_50001