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Tabac et grossesse : payer les femmes enceintes pour arrêter de fumer?

Par Raphaëlle de Tappie

Dans plusieurs hôpitaux français, des médecins ont récompensé financièrement des femmes enceintes pour les encourager à arrêter de fumer. On saura dans quelques mois si cette expérimentation a été utile sur le long terme.  

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C’est bien connu, fumer est très mauvais pour la santé et d’autant plus dangereux quand on est enceinte. Malgré les nombreuses études et recommandations des autorités publiques sur le sujet, de nombreuses femmes n’arrivent pas à lâcher la cigarette pendant leur grossesse. En France, 16% des femmes continuent ainsi à fumer au troisième trimestre. C’est pourquoi, des scientifiques réfléchissent à l’éventualité de donner des primes aux femmes enceintes pour qu’elles arrêtent de fumer. Aux Etats-Unis, une étude similaire a déjà été réalisée et a donné des résultats très probants. Ici, 460 femmes ont participé à l’étude, menée dans des hôpitaux à en Ile-de-France, dans le Béarn ou encore en Bretagne, région particulièrement concernée par le sujet.

“Un gros travail sur la formation des professionnels”

En effet, en Bretagne, le tabagisme féminin est largement supérieur à la moyenne national et 28% des femmes enceintes fument encore au troisième trimestre. Mardi 28 janvier, l’Agence régionale de santé et l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa) ont d’ailleurs organisé un colloque à Rennes afin de sensibiliser les futures mamans aux dangers de la cigarette.

“Peut-être qu'en Bretagne il est trop acceptable socialement de fumer pendant la grossesse. Peut-être qu'il y a un travail à faire, d'information notamment auprès d'un certain public, défavorisé. Il faut aussi réaliser un gros travail sur la formation des professionnels, pour les aider à mieux accompagner les femmes, à sortir du tabac”, explique le docteur Catherine de Bournonville, pneumologue et tabacologue au CHU de Rennes à France 3 Bretagne. “Ce phénomène est d'abord préoccupant, à cause des conséquences du tabagisme. Il peut y avoir des effets pendant la grossesse, sur son déroulement avec des risques sur le bébé, un risque d'accouchement prématuré. Il fait aussi partie des facteurs favorisants, parmi les causes toxiques pouvant provoquer la mort subite du nourrisson”, détaille-t-elle. Une étude récente a d'ailleurs prouvé que, combinée à l'alcool, la cigarette pendant la grossesse pouvait augmenter ce risque par 12. 

“Le regard de la société sur le tabagisme des femmes enceintes est très dur, y compris de la part des soignants. Certaines ont du mal à venir consulter parce qu’elles pensent que ce sera le début de l’arrêt et ne veulent pas l’affronter. On connaît tous quelqu’un qui a fumé pendant sa grossesse et dont le bébé va bien. Cela vient déculpabiliser la maman. Mais il faut d’abord les aider”, explique quant à elle, le docteur Tiphaine Houet-Zuccalli, addictologue à l’hôpital de Fougères (Ille-et-Vilaine), interrogée par 20 Minutes.  

Un bon cadeau de 20 euros  

Au CHU de Brest, Marine Breton, sage-femme et tabacologue a proposé pendant plusieurs mois un bon cadeau de 20€ aux femmes enceintes qui n’avaient pas recommencé à fumer depuis la dernière consultation. Pour vérifier l’abstinence, des mesures du taux de monoxydes de carbonne dans les poumons étaient effectuées. “Au départ, c’était très mal perçu par le corps médical, ça dérangeait”, témoigne la spécialiste auprès du quotidien. A terme, cette initiative a aidé quelques futures mamans à abandonner la cigarette, assure-t-elle.

Il faudra toutefois attendre la publication officielle des résultats en juin pour savoir combien ont définitivement arrêté de fumer grâce à cette initiative. Mais si les résultats s’avéraient probants, reste à savoir qui accepterait de financer cette nouvelle mesure…

Cette dernière n’est pas sans rappeler celle récemment prise par le cabinet de recrutement britannique KCJ Training and Employment. Plutôt que de sanctionner ses 11 salariés fumeurs, l’entreprise a décidé de les motiver à arrêter définitivement en leur offrant quatre jours de congé supplémentaires. “Je me suis dit: ‘Pourquoi n’arrêterions-nous pas tous de fumer?’ J’ai dit aux salariés ce que j’allais faire. Ceux qui ne prennent pas de pause cigarette auront quatre jours de vacances supplémentaires par an… Je préfère récompenser les non-fumeurs et encourager les fumeurs à arrêter car un lieu de travail plus sain est un lieu de travail plus heureux”, a expliqué Don Bryden, le directeur du cabinet, lui-même fumeur, au site Recruiter. L’homme d’affaire incite donc les employeurs britanniques à suivre son exemple, en bien évaluant la situation de chaque fumeur au cas par cas.

En effet, les entreprises ont tout intérêt à ce que leurs employés arrêtent la cigarette. Selon l’enquête “Tabac, territoire, travail” menée en juin 2009 par l’institut CSA santé en France, les salariés fumeurs seraient en effet “moins productifs, moins concentrés au travail, plus sujets aux risques routiers et plus souvent malades” que ceux qui ne fument pas.