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Déserts médicaux

Le 93 forme les futurs médecins pour son département

Aider de jeunes bacheliers de Seine-Saint-Denis à réussir le concours de médecine, c’est le pari de l’Université et du département pour former de futures recrues pour ces banlieues où les médecins manquent.

Le 93 forme les futurs médecins pour son département  JOBARD/SIPA

  • Publié 13.07.2013 à 10h42
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« Je veux être médecin généraliste, j’ai toujours voulu faire ça. Même si personne n’est médecin dans ma famille et même si je sais que les études sont très difficiles », raconte Alméria, 19 ans. En septembre dernier, son bac S en poche, elle a commencé sa 1e année à l’Université Paris 13, sur le campus de Bobigny (Seine- Saint-Denis), comme 1200 autres étudiants. « Faut dire la réalité des choses, ça allait beaucoup trop vite. Les profs ne répétaient rien, c’était impossible de suivre », poursuit Fatoumata, 19 ans elle-aussi et bachelière de la série ES. Au bout de quelques semaines, elles ont donc toutes les deux « lâché l’affaire »… mais momentanément seulement, pour rejoindre les bancs de l’année préparatoire aux études de santé (APES), une prépa publique aux études de médecine, proposée depuis la rentrée 2012 par la fac de Bobigny aux bacheliers du département.

En un an de formation à effectif réduit, l’idée de cette classe prépa unique en son genre est de donner à ces jeunes quelques armes pour mieux affronter l’année suivante la sélection drastique du concours de fin de 1e année. A Bobigny comme partout en France, il n’y a qu’un heureux pour neuf déçus et seuls 138 des 1200 étudiants poursuivront des études de médecine. Physique, chimie, maths et biologie sont donc au programme pour consolider les bases scientifiques mais aussi des matières plus médicales comme l’anatomie, la physiologie ou la radiologie.

Ecoutez Brigitte Martin-Pont, responsable pédagogique de l’APES à l’Université Paris 13 : « Nous leur apprenons à apprendre, à prendre des notes, à faire des fiches, bref la méthodologie pour survivre à l’université »



« C’est comme une prépa privée normale mais c’est 3000 euros de moins ! », rigole Kadidia, qui a intégré l’APES après son bac dans la filière Sciences et technologies de la santé et du social (ST2S). Cette année de préparation ne coûte effectivement que les frais d’inscription à l’Université, dont sont exonérés les étudiants bénéficiaires de bourses sur critères sociaux. C’est un financement du Conseil général de Seine-Saint-Denis, à hauteur de 50 000 euros par an, qui contribue au fonctionnement de cette prépa, qui devrait accueillir 50 élèves au mois de septembre.

Pour les élus locaux de ce territoire en manque de professionnels de santé, il s’agit d’un pari à long terme : faire émerger du vivier des bacheliers du 93 les futurs médecins, dentistes, pharmaciens, sages-femmes et kinés qui auront à cœur de s’installer dans les quartiers où ils sont nés.

Ecoutez Jean-Luc Dumas, doyen de l’UFR de santé, médecine et biologie humaine de l’Université Paris 13 : « Les médecins qui s’installent ici après leurs études sont ceux qui ont grandi ici. Nous privilégions donc les bacheliers de Seine-Saint-Denis à l’entrée en 1e année ».


Cette forme de discrimination commence avant le bac, grâce à l’information apportée dans les lycées du département et se poursuit en ouvrant par exemple la bibliothèque le samedi et le dimanche pour offrir un espace calme pour travailler. L’Université Paris 13 tente ainsi de mettre toutes les chances du côté des jeunes du cru et ça marche puisque désormais plus de la moitié des étudiants qui passent le cap du concours de 1e année sont des bacheliers du 93 et non des Parisiens temporairement exilés de l’autre côté du périphérique.

 

Sur la quinzaine d’étudiants sélectionnés en septembre, ils ne sont que 7 à avoir tenu jusqu’au bout de cette année préparatoire, les autres ayant bifurqué vers des licences de sciences ou des écoles d’infirmières. Mais le doyen, leurs professeurs et même la conseillère générale en charge de la Santé, la socialiste Michèle Bailly, se sont déplacés pour leur remettre leur certificat de réussite. Des honneurs qui font plutôt rire Fatoumata, Yacine, Souzia et les autres. « C’est clair, c’est la pression ! Tout le monde compte sur nous pour qu’on réussisse médecine et qu’on reste là ! Mais y a pas de problème, moi je veux faire de la pédiatrie et promis, je bougerai pas d’ici ! », assure Fatou.
« On a bien compris le deal, de toute façon, le manque de médecins ici, on le vit au quotidien, poursuit Alméria. Ma mère ne peut pas être là aujourd’hui pour la remise de diplôme parce qu’un rendez-vous chez l’ophtalmo que tu attends depuis 4 mois, tu ne l’annules pas, même pour ça ! » De toute façon, profs et étudiants le savent bien, le vrai rendez-vous sera dans un an, au moment des résultats du concours de fin de 1e année. « Ça ira, j’espère. On a aussi gagné en confiance en nous et ça joue beaucoup », avance timidement Dounia. Pour Brigitte Martin-Pont, qui porte désormais cette prépa hors norme après avoir été responsable de la 1e année de médecine pendant 15 ans, le pari sera plus que gagné si la moitié de ses protégés réussit le concours en 2014.

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