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Obstétrique

Accouchement : l’épisiotomie peut être utile en cas d’utilisation d’instruments

Par Charlotte Arce

Pratiquée lors d’un accouchement sur cinq, l’épisiotomie est un acte chirurgical qui tend à être de moins en moins pratiqué. Une étude de l’université de Colombie-Britannique estime cependant que cette pratique devrait quand même être envisagée pour éviter les déchirures du périnée en cas d’utilisation de ventouse ou de forceps.

Vécue par de nombreuses femmes comme un geste intrusif et douloureux, voire comme un traumatisme, l’épisiotomie consiste en l’incision sur quelques centimètres des muscles superficiels du périnée au moment de la poussée pour aider l’enfant à naître.

Pourtant, dès les années 1990, des études ont révélé que cette pratique s’avérait non seulement inefficace pour prémunir contre les déchirures, mais qu’elle pouvait entraîner une augmentation de la douleur et de la durée de cicatrisation par rapport à une déchirure périnéale simple et compliquer la reprise de la vie sexuelle après l’accouchement.

Une étude menée par l’Université de Colombie-Britannique publiée dans le Canadian Medical Association Journal tend toutefois à démontrer que l’épisiotomie peut être utile en cas d’utilisation d’instruments comme les forceps ou la ventouse.

Des bénéfices à l’épisiotomie

Les chercheurs ont basé leurs conclusions sur les données fournies par l’Institut canadien d’information sur la santé afin d’analyser les tendances de pratique de l’épisiotomie sur plus de 2,5 millions de naissances enregistrées au Canada entre 2004 et 2017. Ils ont alors constaté que, dans l'ensemble, le taux d'épisiotomie avait tendance à diminuer chez les accouchements assistés et non assistés et ce, même si cet acte chirurgical peut protéger contre de graves déchirures en cas d’utilisation d’instruments.

Les chercheurs ont aussi examiné la relation entre l'épisiotomie et les lésions obstétricales du sphincter anal (LOSA), une affection caractérisée par de graves déchirures au périnée. Des déchirures graves dans cette région peuvent entraîner des douleurs à court et à long terme, des infections, des problèmes sexuels et de l'incontinence. Au Canada et dans d'autres pays industrialisés, le taux de LOSA a augmenté jusqu'à 15 % au cours des dernières années. En 2017 seulement, environ 18 % des Canadiennes ont reçu un diagnostic de LOSA après un accouchement à l'aide de forceps ou d'une ventouse.

D’après les résultats mis en évidence par l’étude, l’épisiotomie serait au contraire associée à une réduction allant jusqu'à 42 % du risque de LOSA chez les femmes qui avaient accouché par voie vaginale pour la première fois.

Pour le Dr Giulia Muraca, principale autrice de l’étude, ces résultats suggèrent que les obstétriciens devraient être plus prudents avant d’appliquer les mêmes directives sur l’épisiotomie à toutes les patientes. “Généraliser les directives d'épisiotomie pour tous les accouchements vaginaux peut être préjudiciable, en particulier chez les femmes qui accouchent de leur premier enfant et chez celles qui accouchent par voie vaginale après une césarienne”, explique-t-elle.

L’épisiotomie en France

En France, si le taux d’épisiotomies pratiquées varie énormément selon les maternités, des voix se sont élevées ces dernières années pour dénoncer la trop grande systématisation de ce geste médical, pratiqué lors d’un accouchement sur cinq selon la dernière enquête nationale périnatale publiée en 2017. Selon un autre rapport, remis à Marlène Schiappa en juin 2018 par le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, une femme sur deux sur laquelle une épisiotomie a été réalisée déplore un manque ou l’absence totale d’explications sur le motif.

Des critiques que semble prêt à entendre le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF). Lors d’un congrès qui s’est déroulé le 6 décembre dernier à Strasbourg, la société savante a reconnu que les pratiques entourant l’épisiotomie devaient changer et que c’était à l’obstétricien d’apprécier ou non la nécessité de la réaliser.

Rejoignant les conclusions de l’étude menée par l’Université de Colombie-Britannique, le CNGOF n’a qu’une situation justifiant le recours à l’épisiotomie : lorsque sont utilisés des instruments d’extraction comme la ventouse ou les forceps pendant l’accouchement. “L'extraction instrumentale, surtout avec un forceps, est associée à un risque de déchirure grave pouvant s'étendre jusqu'au sphincter anal. Or les études suggèrent, avec toutefois un niveau de preuve faible, que l'épisiotomie pourrait avoir une action préventive”, détaillait alors le Pr Xavier Fritel, gynécologue au CHU de Poitiers et co-auteur des recommandations.

La transparence des maternités sur les taux d’épisiotomie fait d’ailleurs partie des douze critères que devront respecter les établissements pour se voir accorder le nouveau label Maternys des maternités bienveillantes créé par le CNGOF.