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Etude chinoise

Boire du thé vert réduirait la dépression

Par Fabien Goubet

Le thé vert semble stimuler les circuits nerveux du plaisir, selon une étude chinoise. Boire du thé vert permettrait donc de limiter les symptômes liés à la dépression.

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Décidément, le thé nous veut du bien. Une nouvelle étude menée par des médecins chinois de l’université du Shandong pointe les effets bénéfiques de cette boisson pour combattre la dépression. Ces travaux font écho à ceux d’une équipe japonaise qui a démontré récemment qu’au sein d’une population, consommation de thé vert et prévalence de la dépression sont inversement corrélées.

Cette étude chinoise examine les liens éventuels entre le thé vert et des symptômes dépressifs, tels que l’anhédonie. Cet état est notamment caractérisé par une perte d’intérêt et de sensations positives pour des situations qui procuraient pourtant satisfaction auparavant.

Les polyphénols du thé agiraient sur les neurones

Le protocole a consisté à administrer du thé ou un placebo à base de cellulose à 74 sujets répartis en deux groupes, trois fois par jour durant cinq semaines, à raison de 400 milligrammes par sachet, soit moins que les sachets de thé du commerce (2 grammes). Pour estimer les éventuels effets du thé sur le comportement, les volontaires ont dû passer des tests psychométriques dans lesquels ils recevaient de l’argent en cas de bonne réponse. Cet exercice, qui évalue le fonctionnement des circuits neuronaux liés à la récompense et au plaisir, détermine à quel point le patient souffre d’anhédonie.

Les chercheurs ont constaté que les sujets ayant bu du thé vert ont obtenu un score significativement plus élevé que ceux ayant reçu le placebo. Autrement dit, le thé semble avoir stimulé les circuits nerveux du plaisir. D’autres tests, destinés à évaluer l’état dépressif général, ont été menés. Après les cinq semaines de traitement, les buveurs de thé vert ont vu leurs scores diminuer, preuve que la boisson a bien amélioré leur état. D'après l'étude japonaise parue également en 2013, les personnes qui consommaient plus de 4 tasses de thé vert par jour voyaient la prévalence de leurs symptômes dépressifs réduits de 49% par rapport à celles qui ne consommaient qu'une tasse quotidienne.

Les mécanismes qui se cachent derrière ces résultats demeurent cependant mystérieux. Le thé agit-il sur certains neurones ou bien est-ce un effet collatéral ? Une possibilité envisageable est que les polyphénols contenus dans la boisson agissent sur la dendritogénèse, autrement dit la manière dont les neurones se connectent entre eux. Un processus notamment perturbé par des dérivés de l'oxygène chez les dépressifs.

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Autre piste, celle des circuits de récompense. Une autre équipe de chercheurs a démontré l’an dernier que le thé vert réduit l’activité d’un réseau neuronal justement impliqué dans les mécanismes de récompense et de plaisir… chez la souris. Mais cela reste à prouver chez l’homme. Une hypothèse intéressante, car aujourd’hui les traitements antidépressifs habituels (Prozac, Priligy…) ne ciblent pas ces neurones et n’agissent par conséquent pas directement sur l’anhédonie.

Alors, à quand la prescription de quelques tasses de thé pour vaincre la dépression ? A priori, qu’il soit vert, noir, en sachet ou infusé, nous sommes encore loin d’avoir identifié les modes d’action du thé.

Ecoutez le Pr Jean Costentin : « Le thé n’est pas un vrai antidépresseur. » 



Mais si l’hypothèse des circuits de la récompense venait à être confirmée, il serait alors envisageable d’imaginer de nouvelles approches thérapeutiques qui cibleraient directement les neurones impliqués dans la dépression. A condition de percer tous les mystères de cette boisson millénaire.