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Expérimentation

Cannabis comestible : des souris moins actives

Par Raphaëlle de Tappie

Après avoir poussé des souris à consommer du THC, les chercheurs ont pu observer qu'elles étaient moins actives et que leur température corporelle diminuait. Ces effets étaient d'autant plus prononcés chez les mâles.

Creative-Family/iStock

Alors que la France expérimentera la vente de cannabis à usage thérapeutique à partir de 2020, quelques pays tels que l’Uruguay, les Etats-Unis (huit Etats) ou encore le Canada l’autorisent déjà à usage récréatif. Au Pays-Bas, en Allemagne, en Belgique, en Italie, au Portugal ou encore en République Tchèque, il est dépénalisé. Et dans tous ces pays, les aliments à base de marijuana sont de plus en plus populaires. Face à cet engouement croissant, surtout de la part des jeunes, les chercheurs multiplient les études afin d’en savoir plus sur les effets du cannabis comestible, connu pour avoir des effets beaucoup plus forts que quand il est fumé. 

Récemment, des chercheurs ont mené des travaux sur des souris ayant volontairement consommé du THC, le cannabinoïde le plus abondant et le plus présent dans la plante de cannabis. D’après leur étude parue cet été dans la revue Drug and Alcohol Dependence, après avoir mangé du THC, les rongeurs étaient moins actifs et la température de leur corps plus basse.

Les chercheurs de l’Université d’Indiana (Etats-Unis) s’interrogeaient sur l’impact de la consommation d’aliments infusés au cannabis sur l’habilité des personnes à penser. Ils se demandaient également s’il y avait des conséquences à long terme pour quelqu’un ayant beaucoup consommé qui arrêterait d’un coup ou ce qui pourrait arriver à un enfant qui en mangerait accidentellement. Pour des raisons éthiques, ils se sont tournés sur des souris pour tenter de répondre à ces questions.   

Un effet différent selon le sexe  

Si des rongeurs ont déjà été utilisés dans des études sur les effets de la marijuana, c’est la première fois que des chercheurs arrivent à faire en sorte qu’ils s’administrent la drogue eux-mêmes, comme les humains. Ici, les scientifiques ont exposé les souris à une pate composée de farine, de sucre, de sel, de glycérol et de THC. Les animaux se sont servis seuls et à plusieurs reprises. A chaque fois, les chercheurs proposaient des doses de plus en plus importantes.

"La pâte était bien consommée, mais la consommation a diminué aux concentrations de THC les plus élevées. Le THC comestible a entraîné une diminution proportionnelle à la dose de l'activité locomotrice et de la température corporelle chez les deux sexes, et ces effets étaient plus prononcés chez les souris mâles", notent les chercheurs.

Aujourd’hui, "les gens peuvent acheter des cookies, des bonbons et toutes sortes de choses contenant du THC. A l’époque, il fallait cuisiner ses propres gâteaux et maintenant ils sont de plus en plus facilement disponibles et populaires", commente le Professeur Michael Smoker, auteur principal de l’étude, rappelant que la marijuana comestible peut entraîner des réactions très extrêmes. Car bon nombre d’aliments fabriqués commercialement ont une concentration de THC relativement plus élevée que les plants de cannabis. 

Le THC converti en une forme plus puissante quand il est mangé 

Par ailleurs, quand vous inhalez du cannabis sous forme de fumée ou de vapeur, les composants sont absorbés directement dans le sang à travers les poumons. Cela empêche le THC de passer par le foie et le dirige directement vers le cerveau, d’où un effet instantané mais moins puissant.

En revanche, quand vous ingérez du cannabis dans un aliment ou une boisson, ce dernier passe par le système digestif. Au cours du processus d’absorption, le THC traverse le foie où il est converti en une forme plus puissante. La forme normale du THC, le delta-9, se transforme alors en 11-hydroxy-THC, qui traverse la barrière hémato-encéphalique avec beaucoup plus d'impact.

Enfin, une personne qui ingère du cannabis a tendance à avoir des comportements plus à risques qu'un fumeur. "Lorsque vous le mangez (le cannabis NDLR), ça prend au moins une heure. Un cas typique est quelqu’un habitué à fumer qui mange un premier brownie et, ne sentant rien, en mange un autre, puis un autre, et quand subitement l’effet survient, la personne se trouve en état de surdose", expliquait Ian Culbert, le directeur de l’Association canadienne de santé publique (ACSP), aux médias en 2017. En juin, le Canada a annoncé que le cannabis comestible serait légalisé à partir de décembre.