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Rapport de l'Anses

Pollution: nouvelles preuves de ses effets néfastes sur la santé

Par Raphaëlle de Tappie

Dans un rapport présenté le 16 juillet, l'Anses confirme "avec des niveaux de preuve forts" les effets sur la santé liés à certaines composantes des particules de l'air ambiant. 

Delpixart/iStock

Chacun le sait, la pollution est néfaste pour la santé. En 1952, en Angleterre, le grand smog de Londres causé par la combustion de charbon aura fait 12 000 morts en quatre jours. A l’échelle mondiale, quelque 7,2 millions de personnes ont péri des effets directs de la pollution en 2015, selon l’OMS. Et le 16 juillet, l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a rendu un rapport des plus inquiétants sur le sujet. "L’Anses confirme avec des niveaux de preuve forts, les effets sur la santé (atteintes respiratoires et cardiovasculaires et décès anticipés) liés à certaines composantes des particules de l’air ambiant dont les particules ultrafines, le carbone suie et le carbone organique", est-il annoncé dans un communiqué.  

Partant d’un rapport de l’OMS paru en 2013 qui avait identifié les dangers de certaines particules fines, l’agence a mené une étude pour confirmer ou pas le niveau de preuves les concernant et obtenir de plus amples informations. Pour ce faire, "160 études portant sur 20 composés, 16 sources et 83 modifications physiologiques ou effets sur la santé ont ainsi été analysées et intégrées selon une méthode d'évaluation du poids des preuves".  

Résultats : le carbone suie et inorganique et les particules ultrafines sont très dangereuses pour la santé. Elles peuvent entraîner des problèmes cardio-respiratoires et une mortalité prématurée. Les mêmes effets néfastes ont été observés de façon plus modérée chez les aérosolsinorganiques secondaires, les métaux de transition, la silice et les endotoxines. En revanche "trop peu de données sont encore à disposition concernant la santé du cerveau et celle du développement périnatal", note l’agence.

Poursuivre les efforts mondiaux pour diminuer le trafic routier 

Sans surprise, ces particules toxiques viennent principalement du trafic routier. Arrivent ensuite la combustion de charbon, les produits pétroliers et la biomasse (l'ensemble de la matière organique d'origine végétale ou animale), puis les poussières du désert.

Face à ces données, des mesures s’imposent. Si des recommandations sont déjà en vigueur concernant les particules en masse totale, PM 2,5 et PM 10 (afin de minimiser l’impact de l’activité humaine sur la santé, l’UE a mis en place des valeurs guides concernant les émissions des substances polluantes par certains secteurs mais aussi les concentrations de ces polluants dans l’air ambiant), classées comme cancérogènes par l’OMS, l’Anses demande aujourd’hui aux pouvoirs publics de légiférer sur le carbone suie et inorganique ainsi que sur les particules fines.

L’agence recommande par ailleurs de poursuivre les efforts mondiaux sur la réduction de la pollution de l’air ambiant en réduisant le trafic routier, la combustion du charbon, les produits pétroliers, la biomasse et l’exposition aux poussières du désert. Pour faire la différence à échelle individuelle, le plus efficace reste encore de privilégier le transport en commun, la marche ou le vélo, rappelle-t-elle. 

D’ici à 2025, "un scénario plus ambitieux associant la promotion des véhicules électriques en zone urbaine et une réduction du trafic routier conduit à des réductions d’émission encore plus marquées localement en zone urbanisée et plus densément peuplée. Ainsi, les émissions annuelles de carbone suie et de PM2,5 par le trafic seraient réduites d’au moins 30 %", note également l’Agence qui s’est essayée à la simulation informatique.

48 000 décès prématurés par an à cause de la pollution en France

Enfin, face à la rareté des données, l’Anses recommande de continuer les recherches sur les effets sur la santé des particules venant de l’agriculture, du transport maritime ou encore de l’activité aéroportuaire.

En France, selon le site gouvernement.fr, la pollution de l’air extérieur représente 48 000 décès prématurés par an, soit 9% de la mortalité du pays, un coût annuel total de 100 milliards d’euros dont une large part dédiée à la santé et des allergies respiratoires liées aux pollens allergisants chez 30 % de la population adulte et 20% des enfants.  

Outre les problèmes cardiorespiratoires, la pollution pourrait également avoir un impact sur le développement de maladies neurodégénératives. Si l’Anses évoque un manque de "données" sur le sujet, d’après une étude parue il y a quelques semaines dans la revue eLife, les particules de l’air pourrait altérer notre odorat et à terme attaquer notre système nerveux central, provoquant des maladies irréversibles telles qu’Alzheimer ou Parkinson.