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Hong Kong : un trafic d’analyses de sang pour choisir le sexe de son enfant

Par Charlotte Arce

Alors que la Chine a interdit les analyses du sang maternel pour connaître le sexe du fœtus, de nombreux parents envoient illégalement leurs échantillons à Hong Kong. Une pratique qui favorise les avortements sélectifs, dans un pays où la politique de l’enfant unique a longtemps perduré.

BorupFoto/iStock

Depuis une dizaine d’années, il est possible, par simple analyse d’échantillon de sang, de savoir si l’enfant que l’on attend sera une fille ou un garçon et ce, avant même de passer la moindre échographie, à la septième semaine de grossesse.

Un déficit de 31,6 femmes

Cette pratique, qui consiste à analyser l’ADN du fœtus dans le sang maternel, est interdite en France comme en Chine. Et pour cause. Dans ce pays, où la politique de l’enfant unique n’a officiellement pris fin qu’en 2015, il y a aujourd’hui 31,6 millions d’hommes de plus que de femmes. En vigueur depuis 1979, cette politique de contrôle des naissances a longtemps encouragé les familles à l’avortement sélectif : ces dernières préféraient avoir un garçon, plus susceptible de travailler et de soutenir financièrement ses parents.

Si depuis, les familles chinoises sont autorisées à avoir deux enfants, ces pratiques perdurent. Encore l’an dernier, l’OMS a estimé que 115 garçons sont nés pour seulement 100 filles. Autoriser ces analyses de sang équivaudrait donc à permettre les avortements sélectifs qui ont depuis 1979 contribué au déficit de femmes en Chine

Mais dans le pays, de nombreux parents ont trouvé la parade afin de connaître de manière précoce le sexe du fœtus : envoyer illégalement les analyses de sang maternel à Hong Kong, où la pratique est autorisée.

"Les Chinois veulent un garçon pour perpétuer la lignée"

Journaliste pour l’AFP, Catherine Lai a enquêté sur ces circuits illégaux de sang maternel. Les cliniques hongkongaises sont nombreuses à accepter d’analyser les échantillons sanguins tout en connaissant leur provenance. "Des dizaines de personnes prêtes à organiser la contrebande vers l’ex-colonie britannique proposent alors leurs services sur les réseaux sociaux, pourtant très surveillés", écrit Catherine Lai.

Se faisant passer pour un client potentiel, un journaliste de l’agence de presse a contacté en Chine trois agents qui ont tous proposé, moyennant 580 dollars (520 euros), d’acheminer via un coursier vers des laboratoires de l’ex-colonie britannique des kits d’analyse sanguine.

Des couples chinois préfèrent se rendre directement à Hong Kong plutôt que de prendre le risque que leur échantillon soit arrêté à la frontière. C’est le cas de M. Wang, 39 ans, originaire de la province de Ghinzou, au sud du pays. "J’ai déjà trois filles. (…) Les Chinois veulent un garçon pour perpétuer la lignée. C’est archaïque, mais beaucoup de gens sont comme ça", explique-t-il, avant de confier que si ça femme attend encore une fille, elle avortera. "Elle n’est enceinte que d’une cinquantaine de jours donc ça peut se régler avec des médicaments."

Une éthique contestable

Du côté des laboratoires hongkongais réalisant ces analyses de sang, aucune enquête n’a été judiciarisée, malgré les demandes d’ouverture d’investigations qui ont triplé depuis 2016, a fait savoir le département hongkongais de la Santé à l’AFP. En cas de condamnation, ces laboratoires pourraient perdre leur agrément.

Surtout, se pose la question de l’éthique d’une telle pratique. "Les avortements sélectifs sont responsables de nombreuses tragédies en Chine et d'un déséquilibre de la population. Comment peut-on cautionner ?", se demande le député et médecin hongkongais Kwok Ka-ki. Il milite aujourd’hui pour que le gouvernement de son pays coopère avec Pékin afin de démanteler les trafics qui acheminent les prélèvements sanguins jusqu’à Hong Kong.