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Recherche contre le cancer

Cancer : diagnostiquer la maladie avant l'apparition des symptômes grâce à l'haleine

Par Charlotte Arce

Une équipe britannique est sur le point de commencer les essais d’un test de dépistage du cancer innovant. Fonctionnant sur le même principe qu’un alcootest, il permettrait de diagnostiquer la maladie à partir de l’haleine.

Owlstone Medical Ltd
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Sera-t-il un jour possible de diagnostiquer plusieurs types de cancer, dont celui du poumon, en respirant simplement dans un appareil, et avant même que les premiers symptômes n’apparaissent ?

C’est ce que laisse espérer les travaux menés par une équipe de chercheurs de Cambridge financée par le Cancer Research UK. Ils sont en effet sur le point de commencer des essais pour un test de l’haleine capable de diagnostiquer la maladie en analysant les schémas de molécules présentes dans l’haleine.

Une méthode peu coûteuse pour détecter le cancer à un stade précoce

Au Royaume-Uni, où l’essai a lieu, environ la moitié des cancers atteignent un stade avancé avant d’être diagnostiqués. En cause : la non-prise en considération de certains symptômes précoces comme les brûlures d’estomac ou les problèmes de digestion, qui sont confondus avec d’autres pathologies beaucoup moins graves. Pour les chercheurs, il y avait donc urgence à trouver une méthode peu coûteuse et facilement déployable pour détecter un cancer de manière précoce.

Ce nouveau test à l’essai est basé sur l’analyse de molécules appelées composés organiques volatils (COV), qui sont libérées lorsque des cellules de l’organisme effectuent des réactions biochimiques. Lorsqu’un cancer s’est développé, le comportement normal des cellules est modifié, entraînant une structure de COV différente. Les chercheurs pensent que cela peut être utilisé comme une aide pour alerter les médecins de la présence d'un cancer.

Aujourd’hui, l’équipe de recherche tente de déterminer si ce schéma peut être identifié dans l'haleine des gens, à l'aide de la technologie de la biopsie du souffle. Leur objectif est notamment de déterminer si différents types de cancer produisent différents modèles - ou signatures - pouvant être détectés à un stade précoce.

Une méthode "révolutionnaire" mais encore à l’étude

Pour le savoir, les chercheurs, dirigés par le Pr Rebecca Fitzgerald de la MRC Cancer Unit de l’Université de Cambridge, prévoit de rassembler et d’étudier le souffle de quelque 1 500 personnes à l’hôpital Addenbrooke de Cambridge, au Royaume-Uni, d’ici 2021. Certaines de ces 1 500 personnes auront été référées à l’hôpital par leur médecin parce qu’elles ont signalé des symptômes qui pourraient être lus comme des signes précoces de cancer. D'autres seront des patients sains. L'idée est de comparer le souffle de ceux chez qui on diagnostique ensuite un cancer à ceux qui ne le sont pas pour voir s'il existe des signatures spéciales offrant des indices révélateurs

Parmi les personnes sélectionnées pour l’étude, se trouve Rebecca Coldrick, 54 ans, qui souffre d'une affection appelée œsophage de Barrett et qui pourrait développer un cancer. "J'étais très contente de participer à l'essai et je souhaite contribuer à la recherche de toutes les manières possibles", a-t-elle déclaré à la BBC. "Je pense que plus il y aura des recherches pour surveiller des conditions comme la mienne et plus les tests de détection développés seront efficaces, mieux ce sera.

L'essai débutera avec des patients suspects de cancers de l'œsophage et de l'estomac, puis sera élargi aux personnes atteintes de cancers de la prostate, des reins, de la vessie, du foie et du pancréas au cours des prochains mois. "Intuitivement, le cancer du poumon semble être le cancer le plus évident à détecter dans l'haleine", explique le Pr Fitzgerald. "Mais à cause de la façon dont les métabolites sont recyclés dans le corps, beaucoup d'autres molécules volatiles d'autres parties du corps finissent aussi par respirer."

Selon elle, "nous avons un besoin urgent de développer de nouveaux outils, comme ce test respiratoire, qui pourraient aider à détecter et à diagnostiquer un cancer plus tôt, donnant ainsi aux patients les meilleures chances de survivre." Un avis partagé par le Dr David Crosby, responsable de la recherche sur le dépistage précoce à Cancer Research UK, qui a déclaré que les tests respiratoires étaient une technologie susceptible de "révolutionner la manière dont nous détectons et diagnostiquons le cancer à l'avenir".

Les chercheurs précisent cependant qu’il ne s’agit pour le moment que d’une "étude pilote" et qu'il faudra attendre deux ans avant de connaître les résultats de cet essai exploratoire.

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