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Témoignage

Pas de chimio au boulot : Anne, mise au placard par son employeur à cause d'un cancer du sein

Alors qu’Octobre Rose, le mois dédié à la sensibilisation du cancer du sein, vient de toucher à son terme, des patients partagent leur témoignage sur cette maladie. Cette fois, il s’agit d’Anne qui a été mise au placard par son employeur alors qu’elle souffre d’un cancer du sein. Un calvaire qui a duré plusieurs années mais qui n’est pas un cas isolé.

Pas de chimio au boulot : Anne, mise au placard par son employeur à cause d'un cancer du sein KatarzynaBialasiewicz/iStock

  • Publié 02.11.2018 à 13h30
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Avoir un cancer, même si on parvient à en guérir, n’est pas sans conséquence. 73% des anciens malades considèrent que leur cancer a été "l’un des évènements les plus marquants de leur vie". Les conséquences psychologiques et physiques sont celles qui impactent le plus et durent le plus longtemps. Il faut dix à quinze ans pour voir ces conséquences diminuer, sans jamais complètement s’estomper.

Quatre ans d’arrêt de travail

Mais parfois il y a des conséquences auxquelles on ne s’attend pas. Anne a la quarantaine et était "cheffe de mission internationale dans une association humanitaire", précise-t-elle à Libération, quand un cancer du sein lui est diagnostiqué en 2008. Les traitements qui lui sont imposés sont lourds et contraignants et l’obligent à s’arrêter pendant quatre ans. "D’abord en arrêt maladie puis en invalidité, mais ma pension n’était pas énorme", explique-t-elle.

Puis elle décide de reprendre son travail qui lui manque tant financièrement que psychologiquement. "J’étais vraiment heureuse", se souvient-elle. "Mon employeur m’a payé une formation de retour à l’emploi. C’était en fait un rassemblement des laissés-pour-compte de l’entreprise. On ne s’en était pas rendu compte au début mais ce stage nous préparait doucement à être poussés vers la sortie."

Un poste à Paris

Quand elle revient, et alors que ses traitements ne sont pas terminés, elle ne trouve pas de poste qui lui convienne. L’association lui fait passer des entretiens pour la réaffecter mais à chaque fois le résultat est le même. "Ça a duré des années : 15, 20, 30 entretiens", décrit-elle. "Tous pour des emplois qui ne me correspondaient pas du tout, dans plein de services différents. À presque 50 ans, on me proposait des postes de junior ou d’administrateur alors que je demandais à retourner à l’international et que j’avais dirigé la plus grosse mission de l’association à l’étranger quelques années plus tôt. J’ai perdu mon poste. On m’a fait rétrograder, c’est simplement ça."

Finalement, un poste à plein temps lui est proposé mais, là encore, ce n’est pas ce qu’elle attendait. Elle doit déménager à Paris alors qu’elle habite le sud de la France avec ses deux enfants. Cette expérience va vite se transformer en cauchemar malgré une envie de bien faire. "Je voulais montrer ma bonne volonté, je restais tard le soir mais avec la fatigue et mes troubles cognitifs (perte de mémoire, problème de concentration, ralentissement de la pensée), cela devenait très compliqué. J’allais aux toilettes pour faire des siestes pendant ma pause déjeuner. J’oubliais les prénoms de mes collègues et des pièces jointes dans les mails. On me le soulignait sans cesse. J’aurais préféré leur expliquer ce qui m’arrivait, qu’on en rigole, mais personne ne comprenait."

Des RTT pour ses séances de chimiothérapie

Sa mission devient un enfer et Anne se sent isolée. Sa cheffe va même jusqu’à lui demander de prendre des RTT pour ses séances de chimiothérapie. "J’allais les faire entre 12 heures et 14 heures", explique-t-elle. "Ma pire scène, c’était un jour où je revenais au travail après ma chimio. Il était précisément 14h15, je n’avais pas de réunion, rien d’urgent mais ma cheffe m’attendait dans le couloir. Elle m’a dit droit dans les yeux "Anne, tes chimios, c’est pas pendant les heures de boulot !" J’étais effondrée. Ça a été une véritable descente aux enfers."

Elle décide alors de demander un mi-temps thérapeutique mais les horaires sont incompatibles avec son poste. On lui retire toute responsabilité et elle ne peut plus s’associer pleinement aux projets. Finalement, elle est licenciée pour inaptitude. "Une procédure que j’ai moi-même initiée", insiste-t-elle. "L’assistante sociale ne répondait plus à mes appels et je n’avais le nom d’aucun interlocuteur. Il a fallu une menace d’attaque aux prud’hommes pour déclencher une réaction de leur part. Au final, on ne m’a laissé aucune chance de faire mes preuves."

1 personne sur 5 perd son emploi dans les 5 ans après le diagnostic

Le cas d’Anne n’est pas isolé. En juin dernier, l’Institut national du cancer a publié une enquête selon laquelle une personne sur cinq perd son emploi dans les cinq ans qui suivent son diagnostic. "On fait très peur, nous, les malades chroniques", déplore-t-elle. "Les entreprises devraient créer un environnement accueillant et rassurant pour aborder la maladie, proposer des ateliers d’aide au retour au travail, être à l’écoute, organiser des réunions, expliquer les effets secondaires aux collègues, tout cela pourrait être facilité si l’entreprise faisait un pas vers nous."

Depuis, Anne n’a pas chômé. Après une formation, elle a créé son entreprise, Patient Conseil, avec pour objectif d’intégrer et d’accompagner les patients dans les programmes de santé qui les concernent. En parallèle, elle attend la fin des négociations de son licenciement qui traînent.

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