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Comité national contre le tabagisme

Le Cnct démonte le lobbying des industriels du tabac

Par la rédaction

Le Comité contre le tabagisme fournit des exemples précis d'ingérence de l'industrie du tabac dans le monde  politique. Des institutions santé sont aussi épinglées.

MAISONNEUVE/SIPA

La lutte antitabac mise à mal ! Le Comité national contre le tabagisme (Cnct) a fourni jeudi 23 mai plusieurs exemples « d'ingérence » de l'industrie du tabac et des buralistes dans la prise de décision politique en France. Le Comité dénonce notamment la collusion entre industriels et hommes politiques. Un acte fort une semaine avant la journée mondiale sans tabac 2013, du vendredi 31 mai, qui a pour thème l'interdiction de la publicité en faveur du tabac.

 

Le Cnct a en effet diffusé hier lors d'une conférence de presse de nombreux élements soutenant ces affirmations. Tout d'abord, le Comité a constaté des « ingérences directes et indirectes », dans le monde politique. Leurs buts, « faire pression sur le législateur » pour contrer la lutte antitabac, souligne Figen Ecker, chargé d'études au Cnct. L'auteur de l'enquête  a par exemple relevé « des invitations à des manifestations à l'attention de responsables politiques, des rapports et des initiatives parlementaires téléguidées directement par les industriels ». Parmi ces dernières, Figen Ecker mentionne le dépôt de propositions de loi cherchant à ridiculiser le projet de paquet de cigarettes neutre et standardisé ou à assouplir les interdictions de publicité dans le domaine culturel.

Plus troublant encore, Roger Lenglet (un journaliste qui a collaboré à cette enquête avec le Cnct à) mentionne  la création d'un « club d'échanges », le Networking Business Club, mêlant assistants parlementaires, conseillers ministériels et lobbyistes de l'industrie du tabac. Créé par le cabinet TL Conseil mais financé par Seita-Imperial Tobacco, il aboutit à la rédaction d'amendements parlementaires mais sans respecter le principe de « transparence des interactions ».
Toujours dans cette même collusion, l'infiltration du monde politique passerait aussi par des recrutements. Et les auteurs donnent des noms. Le Cnct cite ainsi celui d'anciens membres de cabinets ministériels recasés chez Philip Morris France ou British American Tobacco (BAT) comme  responsables des affaires publiques.

Par ailleurs, l'association relève également un autre type d'infiltration de la part des industriels, qui touche, cette fois, des institutions santé. Roger Lenglet pointe notamment du doigt l'Institut du cerveau et de la moelle épinière (ICM) de Paris dont Altria-Philip Morris International et son président-directeur général, Louis Camilleri, sont « membres bienfaiteurs ». Ces opérations de mécénat permettent  à l'industrie de « mettre en avant sous la bannière de l'ICM des études sur les effets positifs de la nicotine comme protecteurs contre la maladie de Parkinson » et d'acquérir une « respectabilité » en apparaissant aux côtés d'institutionnels, souligne le journaliste.

 

Pour contrer ces ingérences, la directrice du Cnct, Emmanuelle Béguinot, préconise « l'adoption de pratiques claires et transparentes ». Elle réclame ainsi de limiter au strict nécessaire les relations entre les autorités publiques et les représentants de l'industrie du tabac, et un « refus de tout partenariat volontaire » entre le domaine public et l'Etat avec l'industrie du tabac. Mais encore une absence de soutien direct ou indirect de la part de l'Etat en direction de ce secteur d'activité, notamment vers les buralistes. Le Comité demande aussi la diffusion des études internes menées par les fabricants de tabac et l'adoption d'une politique rigoureuse en matière de conflits d'intérêts en France « mais également au niveau des institutions européennes ».