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Amblyopie

Une vision anormale dans l'enfance peut modifier les fonctions cérébrales

Par Jean-Guillaume Bayard

Une équipe de chercheurs a découvert qu'une vision anormale pendant l'enfance peut affecter le développement des zones cérébrales supérieures, notamment responsables de l’attention. 

TolikoffPhotography/iStock

Pour la première fois, une étude démontre que le cerveau est capable de détourner l’attention d’une personne atteinte d’amblyopie, autrement connu comme "syndrome de l’œil paresseux", lorsque les yeux sont ouverts. L’amblyopie est un défaut de développement visuel qui touche 3% des Français. Elle se caractérise par une acuité visuelle beaucoup plus faible d’un œil, qui devient sous-utilisé. Cet écart entre les deux yeux conduit le cerveau à ignorer les informations de l’œil le plus faible. Non traité, l’amblyopie peut entraîner un strabisme ou empêcher la vision en 3D.

Les chercheurs de l'Université de Waterloo, de la Colombie-Britannique et d'Auckland ont découvert des différences dans la façon dont le cerveau traite l'information visuelle chez les patients atteints d’amblyopie. Leurs résultats ont été publiés dans le journal Investigative Ophthalmology and Visual Science.

Des exercices sur ordinateur

"Les traitements actuels des troubles de la vision ciblent principalement les premiers stades du traitement visuel dans le cerveau", a déclaré Ben Thompson, professeur à l’Université de Waterloo. "Les résultats de cette étude montrent que les nouveaux traitements devraient également cibler l’attention."

Pour cela, les chercheurs ont demandé à plusieurs groupes de patients à la vision normale ou atteints de différentes formes d’amblyopie de faire des exercices sur un écran d'ordinateur. L’objectif était de focaliser leur attention sur un ensemble de points en mouvement uniquement visibles par l’œil faible et de ne pas se laisser distraire par d’autres points qu’ils ne pouvaient voir qu’avec leur œil fort.

Une piste pour de meilleurs traitements

Résultat : les patients sans problème de vue ainsi que ceux ayant une amblyopie anisométropique ont pu négliger les points distrayants et se concentrer sur les points à suivre. En revanche, les personnes atteintes d’amblyopie strabique étaient incapables de focaliser leur attention sur les points à suivre avec leur œil faible.

L'une des raisons de la déficience visuelle chez certaines personnes atteintes d'amblyopie réside dans la manière dont le cerveau décide de ne plus utiliser un œil. "L'œil qui voit le moins bien est ouvert, la rétine est en bonne santé et envoie des informations au cerveau, mais ces informations n'atteignent pas la conscience, car le cerveau choisit de ne pas les utiliser", expliquent les chercheurs.

Cette découverte peut servir de piste afin de développer de meilleurs traitements contre la vue paresseuse en se concentrant sur l'attention.