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En pleine expension

e-cigarette aux Etats-Unis: pour les jeunes, Juul c'est cool

Par Raphaëlle de Tappie

Aux Etats-Unis, la marque Juul Labs s'est emparé du marché de l'e-cigarette pour le plus grand plaisir des jeunes. Alors que l'entreprise envisage de s'étendre à l'international, la communauté scientifique s'inquiète. 

Capture d'écran/Juul Labs

En France, comme aux Etats-Unis, la cigarette électronique est très plébiscitée par les jeunes. Mais alors que dans l’Hexagone, les adolescents cumulent le plus souvent tabac traditionnel et e-cigarette, outre-Atlantique, seule cette dernière a le vent en poupe. Et le leader en la matière s’appelle Juul Labs, révèle Bloomberg dans un article daté du 29 juillet.

D’après le journal économique, cette marque créée en 2015 à San Francisco par deux diplômés en design de l’Université de Stanford, détiendrait depuis peu 68% du marché américain et cumulerait aujourd’hui 245 millions de dollars de chiffre d’affaires. Un succès qui ne fait que commencer puisque d’après la banque Well Fargo, l’entreprise devrait croître de 25% au pays de l’Oncle Sam cette année encore.  

Une approche à la Apple

Comment expliquer un tel engouement ? Avec son e-cigarette ressemblant à une clef USB dans laquelle s’insère un liquide contenant de la nicotine pour 35 dollars, "Juul a capté l'intérêt des Millennials avec une approche à la Apple", explique Bonnie Herzog, analyste spécialiste des cigarettes chez Wells Fargo, cité par Les Echos.

Alors que 6% des étudiants américains de terminale déclaraient fumer des cigarettes en 2015 contre 20% en 2000, le produit commercialisé par Juul fait d’avantage penser à un appareil high tech épuré qu’à une cigarette classique. Par ailleurs, les nombreux arômes sucrés proposés par Juul (mangue, crème brûlée ou menthe) semblent plus glamour aux yeux des ados.

"Pour les adultes qui veulent basculer vers une meilleure alternative"

C’est pourquoi, de nombreux scientifiques américains accusent aujourd’hui Juul de pousser aux vices des jeunes qui n’auraient autrement jamais pensé à fumer. En 2017, une étude parue dans le Journal américain de médecine a découvert que les jeunes adultes non fumeurs étaient quatre fois plus susceptibles de commencer à fumer des cigarettes classiques après avoir vapoté pendant 18 mois.

Mais Juul défend son affaire becs et ongles assurant qu’elle ne vise pas les adolescents mais seulement "les adultes qui veulent basculer des cigarettes combustibles vers une meilleure alternative". Ainsi, sur la page d’accueil de son site, apparaît une bannière indiquant qu’il faut "être âgé d’au moins 21 ans pour acheter ses produits" et qu’il "est illégal de les vendre ou revendre aux mineurs". L’internaute pourra même découvrir une catégorie intitulée "Notre mission" où Juul assure avoir pour but d’ "améliorer la vie du milliard d’adultes qui fument dans le monde".

Les médecins inquiets pour les jeunes

Epinglée d’abord par la communauté scientifique, la marque a ensuite été confrontée par les services publics américains. En avril, les régulateurs de la Federal Drug Administration (FDA) ont ainsi demandé à la société de lui communiquer des documents internes sur sa stratégie de marketing vis à vis des jeunes et des études sur le potentiel addictif de ses produits. Afin d’essayer de rassurer les autorités, la compagnie a lancé plusieurs démarches.

Elle a d’abord commencé par inclure sur son packaging, la mention "l’alternative pour les fumeurs adultes" et annoncé qu’elle allait dépenser 30 millions de dollars pour combattre la consommation par les adolescents dans les trois prochaines années. Puis, jeudi 12 juillet, elle a lancé une version avec 40% de nicotine en moins pour deux de ses saveurs, Menthe et Virginia, disponibles à partir d’août.

Un coup d’épée dans l’eau selon Eric Donny, un expert de l’Université de Pittsburgh interrogé sur le sujet par le site The Verge. En effet, d’après le scientifique, pour être moins addictifs, un composé de nicotine devrait être réduit de 85 à 95%.

Pour la majorité des Français, vapoter aide au sevrage tabagique

Et si Juul Laabs n’existe pour l’heure qu’aux Etats-Unis, la marque est en pleine levée de fonds afin de s’étendre à l’international, notamment en Asie et en Europe. En France, pays culturellement fumeur, le tabac reste un vrai problème de société. Toutefois, la prévalence du tabagisme quotidien dans la métropole a grandement baissé entre 2016 et 2017, passant de 29,4% à 26,9%.

Et, selon un sondage Odoxa-Dentsu Consulting réalisé pour Le Figaro et France Info auprès de 1030 personnes par Internet les 30 et 31 mai dernier le "vapotage est un facteur bien plus important que toutes les autres dimensions des politiques de santé publique contre le tabac". En effet, pour plus de deux tiers des Français interrogés, la cigarette électronique est bel et bien une aide au sevrage tabagique.

Dr Jekyll and Mr Hyde

"La cigarette électronique ne peut pas simplement être jugée bénéfique ou nocive", expliquait le scientifique américain David Eaton, doyen de l’Université de Washington, dans un rapport publié aux Etats-Unis au début de l’année sur le sujet. "Dans certaines circonstances, les effets néfastes des cigarettes électroniques sur la santé des adolescents et des jeunes adultes ne fumant pas de tabac justifient sans doute des inquiétudes", expliquait-il. Mais, dans le cas "des fumeurs utilisant la cigarette électronique pour arrêter de fumer, le vapotage offre un moyen de réduire le tabagisme, qui nuit à la santé".