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Faire reculer les AVC

Un traitement donné en moins de 3 heures éviterait plus de 90% des séquelles d'AVC

Par le Dr Jean-François Lemoine

L'AVC est la première cause de handicap dans notre pays. Pourtant, 93 % des séquelles pourraient être évitées, à condition que le traitement, qui va dissoudre le caillot responsable, soit donné en moins de 3 heures. Le traitement de l’AVC est la course contre la montre la plus passionnante et la plus utile de la médecine d’urgence. Le premier centre, créé en 1980, reste toujours un exemple. Pas encore généralisé. Pourtant…

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Il y a, en France, un accident vasculaire cérébral toute les 4 minutes, dont 20 % avant l’âge de 50 ans. Passés les décès dans les jours qui suivent cet accident, c'est aussi la première cause de handicap grave dans notre pays. Longtemps considéré comme une fatalité, l’AVC fait aujourd’hui l’objet de progrès comme nulle part ailleurs en médecine. En particulier, une étude parue à la une du Jama, le journal médical de référence aux Etats-Unis, montre que la prise en charge d'un AVC dans un centre d’urgence spécialisé est associé à une réduction de la mortalité de 2,5 %. Ce qui, ramené à l’échelle de notre pays, représente 3 000 vies sauvées chaque année. Pourtant, ces centres spécialisés que l’on appelle « centres neuro vasculaires »  sont un peu les mal aimés de notre système de santé.

 93 % des accidents guériraient sans séquelles

L’AVC est une lutte permanente contre la montre et pour la recherche de crédits ! Le professeur Pierre Amarenco, de l’hôpital Bichat à Paris, est le spécialiste des informations qui sont de véritables coups de tonnerre sur la neurologie : si le protocole qu’utilise depuis des années ce neurologue mondialement connu était appliqué en moins de trois heures trente après les premiers symptômes,  ce sont 93 % des accidents qui guériraient sans séquelles. Le double des meilleurs résultats des autres centres. Malheureusement, dans la vraie vie, en France, moins de 2 % des AVC arrivent entre les mains d’un spécialiste dans ce délai. Et le professeur Amarenco ajoute : « Chaque tranche de 30 minutes supplémentaires perdues, ce sont 20 % de chances de guérison en moins » !

Scanner en urgence

Un des secteurs les moins riches de l’hôpital, surtout en personnel, reste les urgences. Or aux urgences, par définition, on accepte tous les malades. Un accidenté, un délirant ou un AVC ne demandent pas les mêmes compétences. D’où le recours, de plus en plus souhaité, à des unités d’urgence spécialisées, d’autant qu’envoyé par le Samu ou le médecin généraliste, le diagnostic est souvent fait dans l’ambulance. De telles unités sont déjà la règle pour les infarctus du myocarde ; cela doit le devenir pour les AVC ; c’est le prix à payer pour appliquer en moins de deux heures le protocole mis au point par le professeur Amarenco : scanner en urgence pour confirmer le diagnostic, injection intraveineuse d’un produit susceptible de dissoudre le caillot qui bloque la circulation dans une partie  du cerveau ; puis grâce à la remontée d’une sonde à partir d’une artère du bras, sous contrôle radio, terminer le « débouchage » in situ, à l’endroit de l’obstacle. Une heure et demi maximum pour rejoindre l’unité spécialisée ; deux heures de soins intensifs pour réaliser ce programme, et au bout, le doublement des taux de guérison sans séquelles.

La France autrefois pionnière

La France à été pionnière avec la création du premier centre à Paris en 1980. Mais ce n’est malheureusement pas le cas pour la généralisation. Gagner du temps pour supprimer les séquelles et utiliser les urgences spécialisées pour avoir moins de morts. En France, les économies de santé sont souvent faites avec précipitation et surtout sans intégrer tous les paramètres au long cours. Ces centres représentent un investissement lourd mais très rentable, car le coût d’un AVC sauvé mais invalide est incroyablement élevé. Quant au prix d’une vie sauvée… Il est indécent de le chiffrer.