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Gilles Bonnefond (USPO)

Pharmaciens : mieux rémunérer l'acte que la boîte

Par Jonathan Herchkovitch

ENTRETIEN - Après des mois de négociations avec l’Assurance maladie, les pharmaciens ont obtenu des garanties financières pour la transition de leur mode de rémunération.

Jeremy Brooks/Flickr

Le point final des négociations sur la nouvelle convention des pharmaciens était très attendu, après plus de cinq mois de discussion. Elle devait acter le désir d’évolution du métier, notamment du côté des pharmaciens d’officine, dont l’exercice dépend en trop grande partie de la distribution de boîtes de médicaments.

Les pharmaciens demandaient une rémunération de l’acte de dispensation, c’est-à-dire l’association de la délivrance de médicaments à la préparation, et le rôle de conseil. La marge commerciale sur la vente, qui représente la moitié de la rémunération des pharmaciens, sera à terme supprimée. Les négociations étaient l’occasion de prévoir cette transition.

Et, déjà en avril, les différentes parties étaient tombées d’accord sur l’évolution pour 2018. C’était sur le volume de l’enveloppe proposée par le gouvernement pour accompagner cette transition que les désaccords se sont focalisés.

Les deux syndicats de pharmaciens représentés dans les négociations, l’USPO (1) et la FSPF (2), demandaient 300 millions d’euros, alors qu’il ne leur était proposé que 250. Finalement, les deux parties se sont entendues sur une somme de 280 millions d’euros. Gilles Bonnefond, le président de l’USPO, explique l’utilité de ce financement à Pourquoidocteur.
 

Qu’est-ce qui a motivé les revendications des pharmaciens ?

Gilles Bonnefond : Toute la stratégie des pouvoirs publics repose aujourd’hui sur la recherche d’économies sur les médicaments. Mais une baisse de prix, c’est une baisse de marge pour les pharmaciens. Maintenant, nous souhaitons plus d’honoraires liés à l’ordonnance, des honoraires spécifiques pour des médicaments qui nécessitent une attention particulière, pour les ordonnances qui concernent les personnes âgées, ou des patients très jeunes.

Cette évolution a déjà commencé, depuis une quinzaine d’années. Elle est lente, mais ces rémunérations à l’acte existent déjà avec les entretiens pharmaceutiques pour l’accompagnement des patients sous anticoagulants oraux ou asthmatiques.

(1) Union des Syndicats de Pharmaciens d'Officine

(2) Fédération des pharmaciens d'officine

Qu’est-ce que la nouvelle convention va changer ?

Gilles Bonnefond : La convention va acter cette modification du mode de rémunération du pharmacien. Aujourd’hui, elle dépend de la marge commerciale, et nous souhaitons qu’elle soit plutôt axée sur le métier de pharmacien, et de son rôle dans l’accompagnement des personnes fragiles, âgées, des patients chroniques. C’est un repositionnement du métier de pharmaciens, qui ne sera plus un distributeur de boîtes, mais un professionnel de santé. L’USPO a voté à l’unanimité le projet et la FSPF a décidé de ne pas le signer. Ce qui suffit à le valider, les deux syndicats représentant chacun plus de 30 % de la profession.

À quoi va servir l’enveloppe ?

Gilles Bonnefond : Dans un contexte de baisse de prix, on souhaite sécuriser la rémunération des pharmaciens, pour que cette réforme soit mise en place sans mettre les pharmaciens en péril. Nous enlevons de la marge commerciale, et nous la transformons en honoraires. Et cette transition laisse 50 % de pharmaciens en perte, alors que 50 % vont y gagner.

Ce n’est pas possible, et c’est la raison pour laquelle nous avons besoin de cet investissement. Non pas pour revaloriser, mais véritablement pour mettre la réforme en place. Les actes à l’ordonnance vont engendrer un surcoût de 70 millions d’euros par an. Auxquels s’ajoutent d’autres postes de rémunération comme les honoraires de garde ou les indemnités pour le tiers payant. L’investissement de 280 millions sur trois ans me paraît être le minimum acceptable pour la réussite de cette réforme.