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Pr Victor de Lédinghen

NASH : "Le surpoids reste la cause principale"

Par Marion Guérin

ENTRETIEN – La maladie NASH alarme les spécialistes, qui constatent une prévalence croissante au sein de leur patientèle.  

sunabesyou/epictura

On l’appelle la « maladie du soda », ou le « syndrome du foie gras ». La stéato-hépatite non-alcoolique ou NASH (non-alcoholic steatohepatitis) est une forme de cirrhose, mais sans alcool. Le chroniqueur Pierre Ménès l’a récemment popularisée, en communiquant sur ce mal dont il est lui-même atteint. Mais c’est bien silencieusement, insidieusement, qu’elle s’est installée au sein de la population française -  et plus globalement, occidentale.

Dans l’Hexagone, trois à six millions de personnes souffrent de cette affection, liée à une alimentation trop riche et à une absence d’activité physique. Si l’opinion publique prend progressivement conscience de l’existence de la Nash, dans les services d’hépato-gastroentérologie, la maladie alarme les spécialistes. Le Pr Victor de Lédinghen, chef du Service d'Hépato-Gastroentérologie au CHU de Bordeaux, fait part de ses observations.


Y a-t-il réellement une épidémie silencieuse de Nash ?

Pr Victor de Lédinghen : Oui, c’est bel et bien une réalité et il est nécessaire que l’on en parle, notamment grâce à des personnes comme Pierre Ménès. La NASH une maladie de plus en plus fréquente pour une simple et bonne raison : plus d’un Français sur deux est désormais en surpoids, selon des chiffres très récents fournis par la cohorte Constance. Or, le surpoids est l’une des principales causes de la maladie.

A l’heure actuelle, et depuis plusieurs années, cette affection représente plus d’un tiers de mes consultions et cela ne cesse d’augmenter avec le surpoids. La NASH, c’est notre quotidien. Elle touche tout le monde, tous les profils des patients et n’épargne pas les enfants. Ce qui concorde avec l’augmentation du surpoids chez les plus jeunes.

 

Y a-t-il un sous-diagnostic lié à une méconnaissance de la NASH ?

Pr Victor de Lédinghen : La NASH est en effet très mal diagnostiquée. Les gens pensent que les seuls facteurs de risque de développer une maladie du foie sont l’alcool et les hépatites virales. Or, aujourd’hui, l’alcool reste bel et bien le premier facteur, mais la NASH a pris la deuxième place, loin devant les hépatites virales qui, elles, diminuent.

Le problème, c’est qu’il n’y a pas de symptôme, comme toutes les maladies du foie, d’ailleurs. La NASH se manifeste à ses débuts par de la graisse dans le foie, puis, en réaction à cette graisse, par une inflammation du foie -  mais on ne souffre toujours pas. Puis, le foie fabrique de la fibrose, c’est à dire des fibres. Enfin, quand il y a beaucoup de fibres, on parle de cirrhose. C’est l’une des complications les plus graves de la NASH.


Existe-t-il, en dehors du surpoids, d’autres facteurs de risque ? 

Pr Victor de Lédinghen : Oui, il y en a plusieurs ; cela renvoie à ce qu’on appelle le syndrome métabolique. Il s’agit de l’association de surpoids, avec souvent un diabètee qui va avec, associé à de l’hypertension et de la dyslipidémie, c'est à dire un excès de cholestérol et de triglycérides.