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Exposition in utero

Autisme : une étude française revient sur le lien avec les antidépresseurs

Par Anne-Laure Lebrun

ENTRETIEN. Le développement de l'autisme chez les enfants exposés in utero à des antidépresseurs serait davantage lié à la dépression maternel qu'aux médicaments.

AndreyPopov/epictura

Depuis de nombreuses années, le nombre d’enfants touchés par un trouble du spectre autistique augmente considérablement dans les pays industrialisés. Environ 1 personne sur 100 serait touchée par l’autisme. Pour expliquer cette hausse, de nombreuses équipes de recherche se sont intéressées à l’impact des antidépresseurs pris par les futures mères. Mais ces décennies de recherche n’ont toujours pas permis d’établir un lien de causalité.

Une nouvelle étude publiée dans le JAMA Pediatrics révèle que les enfants exposés à ces médicaments au cours de la grossesse ont 81 % plus de risques de développer ce trouble neurodéveloppemental. Néanmoins, des enfants nés de mères traitées pour dépression avant leur grossesse présentent eux aussi un risque accru de 77 % par rapport aux autres enfants. Pour le Dr Florence Gressier, psychiatre au CHU Kremblin-Bicêtre (Val-de-Marne) et responsable de ces travaux, la survenue de ce trouble serait davantage liée à la dépression de la mère que l’usage de ces médicaments.


Pourquoi avoir étudié le lien entre exposition aux antidépresseurs et risque de troubles du spectre autistiques ?
Dr Florence Gressier :
Plusieurs études récentes ont été publiées et ont suggéré un lien entre l’exposition aux antidépresseurs in utero et le risque de trouble du spectre autistique chez l’enfant. Le relai fait par les médias laissait penser qu’il était préférable d’arrêter les antidépresseurs pendant la grossesse.

De ce fait nous avons réalisé une revue de la littérature et des méta-analyses pour évaluer l’association entre les troubles du spectre autistique et l’exposition aux antidépresseurs pendant la grossesse, mais également pour chaque trimestre de la grossesse et lors de la période pré-conceptionnelle.

Ecoutez l'intégralité de l'entretien avec le Dr Florence Gressier : 

Qu’avez-vous montré ?
Dr Florence Gressier : 
Nos travaux suggèrent une association significative entre le risque accru de trouble du spectre autistique et l’utilisation maternelle d’antidépresseurs pendant la grossesse. Ces résultats sont similaires quel que soit le trimestre de grossesse. Cependant, l’association est moindre lorsque les antécédents de dépression maternelle sont pris en compte. De plus, notre méta-analyse sur la prise d’antidépresseurs en période pré-conceptionnelle montre que cet usage augmente aussi de manière significative le risque de trouble du spectre autistique.

Finalement ce serait davantage la pathologie psychiatrique de la mère qui jouerait un rôle dans la survenue des troubles du spectre autistique chez l’enfant que l’exposition aux antidépresseurs. D’autant plus qu’il existe des liens génétiques avec l’autisme.

Au regard de ces résultats, que recommandez-vous aux femmes enceintes et aux médecins prescripteurs ?
Dr Florence Gressier : Nos résultats suggèrent que les précédentes études ayant rapporté une association entre l’exposition fœtale aux antidépresseurs et les troubles du spectre autistique ne sont pas suffisantes pour émettre des recommandations certaines quant à l’arrêt ou l’évitement de ces traitements.

La dépression en période périnatale est relativement fréquente et peut avoir des conséquences potentiellement graves pour la mère et pour son enfant. Il faut donc porter une attention particulière aux risques de dépression pendant la grossesse. Les symptômes dépressifs devraient être évalués chez toutes les femmes durant la période périnatale. Je pense qu’il est également important de former les professionnels de la santé à détecter les femmes à risques de dépression périnatale. Chaque prescription doit être évaluée individuellement. Différentes approches peuvent être utilisées, incluant un soutien pour la femme mais aussi la famille, des interventions psychologiques et sociales. Et le cas échéant, des antidépresseurs peuvent être prescrits notamment en cas de symptômes sévères.

Comment confirmer ce lien entre dépression maternelle et troubles du spectre autistique chez l’enfant ?
Dr Florence Gressier : Il est très important d’inclure dans les futures études une évaluation diagnostique de la pathologie de la mère, la sévérité de la dépression, l’observance du traitement afin de s’assurer que les femmes ont pris ou non les traitements. Evaluer la dose d’antidépresseurs qu’elles ont prise est aussi une information importante ainsi que la prise en compte de l’usage d’autres médicaments ou de toxiques.