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Primaire de la gauche

Jean-Luc Bennahmias : "Le vrai problème de l'hôpital public est une gouvernance dirigiste"

Par Bruno Martrette

Les sept candidats à la Primaire de la gauche répondent aux questions de santé de Pourquoidocteur. Le président du Front démocrate, Jean-Luc Bennahmias, poursuit la série.

LAURENT CHAMUSSY/SIPA

Après le succès de la Primaire de la droite et du centre (4,4 millions d’électeurs au second tour) qui a couronné François Fillon, c’est au tour de la gauche française d’élire - les 22 et 29 janvier prochains - son candidat pour la présidentielle de 2017. Et un changement notable s'est opéré par rapport au précédent scrutin, la santé est au centre des débats. Assurance maladie, hôpital... les Français voulaient en entendre parler, ils sont servis.

Notre série d'entretiens avec les sept candidats à la Primaire de la Belle Alliance populaire se poursuit ce mardi avec Jean-Luc Bennahmias, président du Front Démocrate, Écologique et Social. Celui qui souhaite « moderniser et rajeunir la démocratie française » partage-t-il la même ambition pour le système de santé français ? 

 

La collectivité ne pourra plus prendre en charge le coût des médicaments innovants. Doit-on consacrer un budget spécifique à la prise en charge de ces thérapies, et comment le financer ?
Jean-Luc Bennahmias
 : Les médicaments innovants d’aujourd’hui sont les médicaments courants de demain. Il n’y a donc pas de raison de les pénaliser, faute de quoi le progrès médical serait, soit retardé, soit réservé aux plus riches. Les médicaments « innovants » doivent donc être traités comme les autres.

Pour assurer la prise en charge des dépenses de santé, faut-il limiter les remboursements obligatoires aux maladies lourdes et/ou chroniques (panier de soins), ou plutôt agir sur le financement en élargissant l’assiette des prélèvements (par exemple avec la CSG) ?
Jean-Luc Bennahmias : 
Il n’y a pas de raison de renoncer à la Sécurité sociale, telle qu’elle a été mise en place après la Seconde Guerre mondiale par le gouvernement d’union nationale dirigé par Charles de Gaulle. Les dispositifs de financement qui élargissent l’assise sur laquelle repose notre système de santé, comme la CSG, permettent un fonctionnement correct du système, sauf pendant des périodes où le chômage de masse est exceptionnellement élevé. Les laboratoires pharmaceutiques doivent, lorsque c’est indispensable, participer à l’effort demandé à tous.

 

Hôpital  
La tarification à l'activité doit être prolongée (...) pour encourager les efforts de qualité et de productivité.


L’hôpital doit à la fois concilier l’excellence médicale avec ses missions sociales. Compte tenu des contraintes budgétaires, la tarification à l’activité (T2A) vous paraît-elle adaptée à cette double exigence ?
Jean-Luc Bennahmias : La tarification à l’activité reste évidemment nécessaire et les tarifs doivent être régulièrement ajustés à l’évolution rapide des technologies et des traitements. Mais cette tarification à l'activité doit être prolongée sur une nouvelle gestion interne qui permette d'encourager les efforts de qualité et de productivité. Le vrai problème de l'hôpital public est une gouvernance dirigiste, verticale, morcelée par secteurs professionnels, qui a déresponsabilisé et démotivé les médecins et les soignants. Une nouvelle co-gestion associant les directions générales et les services est absolument indispensable pour retrouver dynamisme et confiance.

 

Déserts médicaux
La mise en place de maisons de santé (...) est la piste qui me semble la plus féconde. Elle donne déjà de bons résultats. 


Un généraliste sur quatre ne sera pas remplacé d’ici 2025. Comment comptez-vous lutter contre les déserts médicaux ?
Jean-Luc Bennahmias
 : De nombreuses collectivités locales, notamment dans le monde rural, où ce problème est plus aigu, ont décidé d’aider à la mise en place de maisons de santé qui permettent aux différentes professions médicales d’être accueillies dans un même lieu, avec une gestion commune (accueil, secrétariat, loyer). Cette piste me semble la plus féconde, et donne déjà de bons résultats.

 

Cannabis
Je me prononce pour la légalisation contrôlée du cannabis et de ses dérivés.


La France est la championne d’Europe de la consommation de cannabis. C’est aussi le pays qui a la loi la plus prohibitive. Faut-il dépénaliser l’usage et l’Etat doit-il organiser la production et la distribution de cannabis ?
Jean-Luc Bennahmias 
: Je me prononce pour la légalisation contrôlée du cannabis et de ses dérivés. Comme pour le tabac et l’alcool, l’interdiction aux mineurs subsistera. De très nombreux États, en Amérique, comme en Europe, ont légalisé sa culture et sa distribution, sans voir la consommation augmenter. La création en France d’un office chargé de la diffusion de ce produit, comme pour le tabac, permettra de mettre fin à nombre de trafics et d’organiser une prévention raisonnée. La justice, la police, la gendarmerie, pourront ainsi se consacrer à des dossiers plus brûlants pour la collectivité. 
Le cannabis thérapeutique sera géré par les professions médicales, dans les mêmes conditions que les dérivés du pavot aujourd’hui, pour les utilisations comparables. Pour les utilisations de substitution à d’autres drogues, on procèdera dans les mêmes conditions que pour les drogues de synthèse (Subutex, méthadone).

 

Dans un manifeste, des médecins français ont reconnu avoir aidé des couples lesbiens et des femmes seules à recourir à la PMA à l’étranger. Peut-on continuer à la réserver aux couples hétérosexuels ?
Jean-Luc Bennahmias
 : La question du rapport à l’enfant, n’est pas un problème médical, mais un problème de projet de société. L’enfant ne doit pas être un adjuvant de confort pour un couple quel qu’il soit. Des questions anthropologiques nous incitent à avoir un débat approfondi, en raison, sur ces sujets, en abordant tous les aspects du problème, et non seulement l’acte médical de la PMA. Cependant, nous ne devons pas être guidés par une vision rétrograde ou d’ordre moral, dans ces domaines. La question clef est la capacité d’assurer à l’enfant un cadre d’épanouissement durable et le plus stable possible.

 

Environnement 
Une des priorités sera de passer, dans le transport international de marchandises, au ferroutage et/ou au transport combiné...


Quelle serait la première mesure concrète que vous adopteriez pour limiter les effets néfastes de la pollution dans notre vie quotidienne ? Et à quelle échéance ?

Jean-Luc Bennahmias : Une seule mesure ne suffirait pas. Une des priorités sera de passer, dans le transport international de marchandises, au ferroutage et/ou au transport combiné, comme l’ont déjà fait la Suisse et l’Autriche. Les éléments législatifs et règlementaires pour organiser ce passage seront pris dans les 6 premiers mois du quinquennat.

Mercredi 11 janvier, retrouvez notre entretien avec Arnaud Montebourg