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Journées européennes de cardiologie

Réparer le coeur sans ouvrir le thorax

Par Melanie Gomez

Il y a 12 ans,  ils étaient condamnés. Aujourd'hui, les malades souffrant de rétrécissement grave de la valve aortique mènent une vie normale grâce à une technique révolutionnaire mise au point par des Français. 

En 2002, l\'équipe du Pr Alain Cribier réalise une 1 ère mondiale avec la mise en place d\'une valve artificielle sans ouvrir le thorax (DURAND FLORENCE/SIPA)
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« Sans cette intervention, la moitié de ces patients mouraient dans l’année », confie le Pr Hélène Eltchaninoff, cardiologue au Chu de Rouen. L'implantation transcutanée de bioprothèses aortiques permet de remplacer une valve cardiaque malade sans ouvrir le thorax.  
Les cardiologues, réunis cette semaine en congrès à Paris pour les Journées européennes de la Société Française de cardiologie, ont passé au crible les évolutions de cette technique. Les derniers résultats du "registre FRANCE 2", qui a suivi pendant plus de 2 ans tous les patients implantés grâce à cette méthode en France, sont très encourageants.

Ecoutez le Pr Helène Eltchaninoff, cardiologue au Chu de Rouen : « Cette technique à un taux de succès exceptionnel de 97% et l’amélioration des patients est vraiment remarquable. »



Une technique qui a vu le jour le 16 avril 2002. Le Pr Alain Cribier au CHU de Rouen réalise alors une 1ère mondiale en posant une valve cardiaque artificielle sur un patient souffrant d’un rétrécissement sévère de la valve aortique, le tout, sans ouvrir le thorax.
A cette époque, la seule solution pour les patients souffrant de cette pathologie consiste à implanter une nouvelle valve chirurgicalement. Malheureusement, un tiers d’entre eux étaient condamnés, car pas assez robustes ou trop âgés pour supporter une opération à cœur ouvert.
Le rétrécissement aortique est une maladie très invalidante qui touche environ 6% des plus de 65 ans, soit 15 000 à 20 000 patients en France. Avec le développement et surtout le remboursement depuis 2 ans de cette intervention par la sécurité sociale, ce sont près de 3000 patients à qui la médecine peut désormais offrir une solution. « Après l’intervention, précise le Pr Hélène Eltchaninoff, la majorité des patients n’ont plus de symptômes. L’essoufflement, les douleurs dans la poitrine ou les vertiges disparaissent, ils retrouvent donc une meilleure qualité de vie et surtout on améliore aussi leur espérance de vie ». 

 

Ecoutez le Pr Helène Eltchaninoff : « Il faut que les médecins y pensent pour leurs patients inopérables. Les indications restent très encadrées, mais cette intervention fait maintenant partie des recommandations européennes. »


 

Une intervention qui fait désormais partie de la prise en charge des patients avec un rétrécissement grave de la valve aortique. D’autant plus qu’il est aujourd’hui possible d’y avoir accès presque partout en France, dans l’un des 45 centres agréés. En outre, plusieurs études sont en cours pour évaluer si cette intervention pourrait être proposée à l’ensemble des patients, ceux plus jeunes ou capables de supporter une chirurgie à cœur ouvert. Pour le moment, la chirurgie reste le traitement de référence.

 

Ecoutez Hélène Eltchaninoff : « Plusieurs études sont en train de comparer la valve percutanée et la chirurgie chez des patients à bas risque, mais cela va prendre plusieurs années. »


Aujourd’hui 50.000 patients le monde ont déjà pu bénéficier de l'implantation transcutanée d’une bioprothèse aortique et la technique continue de se développer en France comme dans une soixantaine de pays. Quelques experts continuent de pointer du doigt certaines complications entraînées par la technique, notamment un sur-risque d’AVC. Pour les auteurs du registre FRANCE 2, ce risque d’AVC est finalement assez faible, de l’ordre de 3,5%, ce qui leur semble acceptable compte tenu du bénéfice apporté.