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Suppression de la faim

Anorexie : une modification neuronale mise en cause

Par Anne-Laure Lebrun

Les réseaux neuronaux responsables de la régulation de l'appétit seraient inversés chez les personnes souffrant d'anorexie ou de boulimie.

belchonock/epictura

Le cerveau des personnes atteintes de troubles du comportement alimentaire est capable d’ignorer la faim car les circuits neuronaux régulant l’appétit sont altérés, suggère une étude publiée la semaine dernière dans Translational Psychiatry. Des chercheurs de l’université du Colorado (Etats-Unis) ont en effet découvert que ces connexions neuronales sont inversées chez les jeunes femmes souffrant d’anorexie mentale ou de boulimie.

Pour aboutir à cette conclusion, les scientifiques ont examiné le cerveau de 26 anorexiques, 25 boulimiques et 26 femmes sans troubles du comportement alimentaire. Ils leur ont fait passer des IRM pendant qu’elles buvaient de l’eau sucrée pour visualiser les connexions neuronales impliquées dans la régulation de l’appétit.

Dans le cerveau, la sensation de faim et le sentiment de satiété sont gérés par une petite glande appelée l’hypothalamus. Pour jouer son rôle de centre de contrôle de l’appétit, cette structure communique avec d’autres régions cérébrales comme le cortex frontal. Mais dans le cerveau des jeunes femmes anorexiques et boulimiques, ce réseau dysfonctionne.


L'hypothalamus perd son rôle

Les images des scanners révèlent en effet des altérations de la matière blanche chargée de transporter les informations entre les différentes régions cérébrales. En outre, les chercheurs ont constaté que le rôle de l’hypothalamus était réduit et qu’au lieu d’être l’intégrateur des informations, il en devenait l’émetteur. Résultat : la glande ne reçoit plus les signaux de faim qui s’évanouissent puisqu’ils ne sont pas traités. Un phénomène qui expliquerait comment le cerveau des anorexiques et boulimiques ignore la faim.

« La région du cerveau contrôlant l’appétit est celle qui vous fait vous lever de votre chaise pour aller chercher de la nourriture, explique le Dr Guido Frank, auteur principal de l’étude et professeur de psychiatrie et de neurosciences. Mais chez les patients souffrant d’anorexie ou de boulimie, cette réaction n’existe pas »

Pour l’heure, les chercheurs ignorent si cette altération est responsable des troubles du comportement alimentaires ou si elle a été induite par la maladie. Ils supposent en effet que l’évitement de la nourriture a pu opérer une modification dans le cerveau. « Nous avons besoins d’étudier des enfants pour comprendre comment tout cela prend place », conclut le spécialiste.