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Etude parue dans Science

Grippe : l'année de naissance influence les symptômes futurs

Par Audrey Vaugrente

L'année de naissance peut influencer la sévérité des symptômes de la grippe. La première infection détermine les réactions immunitaires pour le reste de l'existence.

chaioj/epictura

La grippe aviaire inquiète le monde. Des foyers très virulents émergent régulièrement en Asie de l’Est. La France n’est pas épargnée. Un virus de souche H5N8 a franchi les portes de l’Europe depuis début novembre. L’homme est rarement touché, mais une transmission inter-espèces alarme au plus haut point. Une étude parue dans Science pourrait bien rassurer les plus inquiets. En fonction de l’année de naissance, le risque de souffrir de complications n’est pas le même. En effet, la toute première exposition à la grippe va conditionner la réponse immunitaire face au virus.

Au cours de la saison grippale 2015-2016, les jeunes et les enfants ont été particulièrement touchés. Ces inégalités face au virus ont longtemps laissé les médecins et scientifiques perplexes. La réponse réside dans le système immunitaire et son développement. Les chercheurs se sont concentrés sur deux souches grippales d’origine aviaire : H5N1 et H7N9. Elles sont à l’origine d’infections particulièrement sévères chez l’homme, mutent rapidement et se transmettent à l’homme. Mais tous les patients ne développent pas des complications égales. En cause, la nature de la souche par laquelle ils ont été infectés pour la première fois.

Des sucettes de différentes couleurs

Exposé à une première grippe, le système immunitaire développe des anticorps contre une protéine du virus, l’hémagglutinine. Cette réaction va déterminer la sévérité des symptômes tout au long du reste de la vie du patient. De fait, l’hémagglutinine peut fortement varier entre les souches virales. Mais deux grandes catégories peuvent être distinguées entre les grippes de groupe A. Les chercheurs comparent ces variations à deux formes de sucettes.

« Disons que vous avez été exposé à une grippe humaine qu’on qualifie de sucette orange quand vous étiez enfant, illustre Michael Worobey, co-auteur de cette étude. Si cette sucette orange ressurgit au cours de l’existence, le risque de complications est considérablement réduit car l’organisme sait déjà se défendre. Cette protection est de l’ordre de 75 % pour une grippe carabinée et de 80 % pour un décès. Mais si vous avez d’abord été infecté par un virus du groupe des sucettes bleues, vous ne serez pas protégés contre cette nouvelle souche », contre Michael Worobey.

Déterminer les priorités

L’illustration se reproduit parfaitement lorsqu’elle est appliquée aux virus H5N1 et H7N9, qui font régulièrement rage en Asie de l’Est. Ces grippes sont d’origine aviaire. Mais les personnes nées avant 1960, ont été exposées à des souches H1 et H2, ce qui leur confère une protection croisée contre H5N1. A l’inverse, ils souffriront de plus de complications face à H7N9. Le phénomène inverse se produit s’ils sont nés après 1960, et qu’ils ont connu des grippes du groupe H3.

Voilà qui explique les écarts d’âge en fonction des épidémies saisonnières. Cela pourrait aussi fournir une aide précieuse en cas de pandémie de grippe aviaire. Les médecins sauront quelles populations vacciner en priorité, en fonction de leur année de naissance. Et comme le souligne Michael Worobey, « même une pandémie grippale d’une ampleur limitée comme celle de 2009, venue du porc, a des répercussions qui se chiffrent en milliards de dollars ». Mieux vaut donc éviter une flambée de l’ampleur de celle observée en 1918, la fameuse grippe espagnole.