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Aux Etats-Unis

Asthme : la fracturation hydraulique augmente les crises

Par Anne-Laure Lebrun

La population asthmatique résidant près des sites d'extraction de gaz de schiste ont 1,5 à 4 fois plus de crises d'asthme que ceux qui vivent loin de ces gisements. 

Richard Vogel/AP/SIPA

Les Etats du centre des Etats-Unis prospèrent grâce aux gaz et pétrole de schiste. Mais si les retombées économiques profitent aux pétroliers et industriels, la santé des populations vivant près des gisements en paye le prix. L’exploitation du gaz naturel exacerbe les crises d’asthme, selon une vaste étude publiée dans la revue JAMA Internal Medicine.

Pour extraire de la roche cette précieuse énergie bon marché, il faut ouvrir les fissures déjà existantes ou en créer de nouvelles. Une opération qui nécessite d’énormes quantités d’eau, de sable et produits chimiques toxiques pour l’environnement et la santé. Certaines de ces substances seraient cancérigènes. Une dangerosité connue mais qui n’a pas empêché la Pennsylvanie de créer plus de 9 000 gisements en moins d’une décennie.

C’est dans cet Etat que les chercheurs de l’université Johns-Hopkins ont scruté l’impact du forage du gaz et huiles de schiste sur la santé respiratoire des riverains. Ils ont étudié les dossiers médicaux de plus de 35 000 patients asthmatiques âgés de 5 à 90 ans entre 2005 et 2012. En 8 ans, 4 782 crises d’asthme sévères ont nécessité une hospitalisation, plus de 20 700 ont entraîné la prescription de corticostéroïdes et près de 1 900 crises modérées ont mené les malades à se rendre aux urgences.

 

 

De multiples effets sur la santé

Cette analyse révèle que les asthmatiques vivant près des puits de gaz de schiste ont souffert de 1,5 à 4 fois plus de crises d’asthme que les malades qui habitent loin des gisements. Les chercheurs ont également observé que les manifestations de l’asthme sont beaucoup plus nombreuses au moment de la production du gaz, une phase qui peut durer des années. Des résultats maintenus même en prenant en compte d’autres facteurs pouvant exacerber l’asthme comme vivre à proximité du trafic routier ou fumer.

Outre le risque accru de graves crises d’asthme pour les riverains, des travaux antérieurs ont également fait le lien entre la fracturation hydraulique et l’augmentation des naissances prématurées ou d’enfants à petit poids de naissance. L'an dernier, une étude montrait que dans les zones de forte activité, le taux d'hospitalisation avait grimpé de 27 % depuis l'installation des sites d'exploitation, tandis que les régions exemptes de la fracturation hydraulique n'ont observé aucun changement. Les pathologies en hausse sont d’ordre cardiovasculaire, mais aussi neurologique, urologique et dermatologique. « Nous sommes préoccupés par le nombre croissant d’études pointant des effets de cette industrie sur la santé », indique le Pr Brian Schwartz du département sciences de la santé environnementale à l’université Johns-Hopkins. Nous pensons qu’il est temps d’adopter une approche plus prudente pour développer des puits en gardant un œil sur les impacts environnementaux et sanitaires ».

Le chercheur souligne que l'origine exacte de l'augmentation du risque de crises d'asthme sévères n'a pas encore été identifiée. En conséquence, il recommande aux asthmatiques vivant près des puits de suivre leur traitement de fond comme ils le font habituellement, et d'agir immédiatement lorsque les symptômes d'une crise (toux, sifflement, souffle court) apparaissent.