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QUESTION D'ACTU

Cerveau, microbiote, glycémie

Antioxydants : la cranberry aurait des effets au-delà de l’infection urinaire

La cranberry ne serait pas utile contre les infections urinaires uniquement, mais aussi favorable au microbiote, au cœur et au cerveau. Une annonce à prendre avec précaution.

Antioxydants : la cranberry aurait des effets au-delà de l’infection urinaire yingko/epictura

  • Publié 21.07.2016 à 07h50
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Acidulée, ronde et rose, cette baie fait beaucoup parler d’elle. Elle est aussi l’objet d’un vif débat. En jus, fraîche ou séchée, la cranberry serait bénéfique pour combattre les infections urinaires… mais pas seulement. A en croire une méta-analyse parue dans Advances in Nutrition, ce fruit nord-américain pourrait aussi profiter à la flore intestinale, au système immunitaire, au cœur et au cerveau !

Ces travaux, financés par le Cranberry Institute (1), se montrent particulièrement flatteurs à l’égard de la canneberge. Etudes animales ou in vitro à l’appui, les signataires font état d’effets très larges du fruit sur la santé. Loin de s’arrêter aux bénéfices contre l’infection urinaire, ils iraient jusqu’à protéger le cœur. En cause, selon eux, les polyphénols contenus dans la baie. « Il a été établi que les cranberries figurent parmi les baies riches en polyphénols, qui sont bons pour la santé », résume Jeffrey Blumberg, premier auteur.

« Un placebo cher »

L’interaction des polyphénols avec d’autres composés bioactifs expliquerait les effets protecteurs de la cranberry pour le système cardiovasculaire et la fonction immunitaire, mais aussi le métabolisme. Le Pr Jean-Paul Stahl, infectiologue au CHU de Grenoble (Isère), se montre plus circonspect face à de telles affirmations. « Un médicament qui fonctionne pour tout soulève généralement de la suspicion, tempère-t-il. A part manger correctement, rien ne renforce le système immunitaire. »

Et pourtant : le jus de canneberge irait jusqu’à améliorer le contrôle du taux de glucose sanguin par l'organisme. C’est en tout cas ce qu’avancent les auteurs, oubliant la forte teneur en sucre des jus de fruits en question. 100 ml du jus à base de concentré le plus connu sur le marché contiennent ainsi 11 grammes de sucre.

Les composés bioactifs de la baie rose peuvent renforcer les défenses du microbiote intestinal, poursuivent les auteurs. Là non plus, la littérature n’est pas suffisante pour trancher. Ce n’est sans doute pas la teneur en antioxydants de la canneberge qui convaincra le Pr Stahl. « Un placebo cher, tranche-t-il. Il faut éviter de faire miroiter des effets magiques, ajoute l’infectiologue isérois. Il y a une grande mode des antioxydants, mais rien de concret. »

Le débat des infections urinaires

Le domaine le mieux documenté, concernant la cranberry, porte sur ses effets contre les infections urinaires. Documenté, certes, mais divisé. La célèbre Revue Cochrane, référence dans le domaine, a conclu en 2012 que « légèrement moins d’infections urinaires surviennent chez les personnes consommant de la cranberry par rapport à un placebo ou l’absence de traitement, mais ce résultat n’est pas significatif. » Le jus de fruits est tout simplement écarté de l’équation : il n’a pas d’effet particulier.

Capsules et compléments alimentaires ne livrent pas de résultats tellement plus convaincants. Ils sont inefficaces, tranche la revue, probablement en raison d’une concentration trop faible en produits actifs. « Il n’y a pas de vrai consensus, admet Jean-Paul Stahl. C’est du jus de fruits : ni bon ni mauvais. La démonstration de son efficacité n’est pas flagrante. »

Approuvé par l’ANSM

La cranberry reste pourtant un fruit largement consommé lors des premiers symptômes et en prévention des récidives. « Face à une infection urinaire récidivante, avec peu de solutions, je ne m’opposerais pas à une solution traditionnelle, abonde Jean-Paul Stahl. Mais il faut plus de validation scientifique pour affirme qu’il s’agit d’un traitement systématique. » Alors mythe ou réalité ? Ce remède de grand-mère a bel et bien une action qui s’oppose aux bactéries. L’Institut Polytechnique de Worcester (Massachusetts, Etats-Unis) vient de publier une étude dans Food & Function qui en précise le mécanisme.

Les flavonols, contenus dans la baie, réduisent la capacité d’E. coli à adhérer à un tissu humain et à proliférer. Cette bactérie est la principale cause des infections urinaires. A l’heure de la résistance aux antibiotiques, les chercheurs espèrent pouvoir tirer des enseignements de ce petit fruit.

Sans aller jusqu’à l’arme ultime contre l’antibiorésistance, la canneberge a en tout cas reçu l’aval de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). « L’allégation "contribue à diminuer la fixation de certaines bactéries E.coli sur les parois des voies urinaires" est acceptable uniquement pour le jus du fruit de la plante Vaccinum macrocorpon et la poudre de jus du fruit de cette plante », tranche tout de même le document de 2004.

 

(1) Le Cranberry Institute est une organisation à but non lucratif fondée en 1951 afin d’accroître les profits des cultivateurs de cranberry et des industriels qui en font le marché « à travers une recherche sur la santé, l’agriculture et l’environnement ». Il est financé notamment par Ocean Spray, Fruit d’Or et Perfect Berries. 

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