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Etude Ined

Chine : pas de rebond fécondité après la fin de l'enfant unique

Par Anne-Laure Lebrun

En 2015, la Chine a mis fin a sa politique de l'enfant unique. Mais en raison d'une insécurité de l'emploi pour les femmes et le coût de la vie, la fécondité n'augmente pas. 

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Alors que la Chine a l’une des fécondités des plus faibles au monde, le gouvernement a mis fin à la politique de l’enfant unique en 2015. Mais cela sera-t-il suffisant pour encourager les couples chinois à faire des enfants ? Selon Isabelle Attané, de l’Institut national d’études démographiques (Ined), la réponse est non, car les Chinoises rencontrent des difficultés à concilier vie familiale et vie professionnelle.

La baisse de la fécondité en Chine est un phénomène qui dure depuis plus de 40 ans. Dans les années 1970, avec la 3e campagne de contrôle des naissances, le nombre moyen d’enfants par femme a chuté de 5,8 en 1970 à 2,8 en 1979, soit « l’une des plus fortes baisses de la fécondité jamais enregistrées dans le monde en un temps si court », note la chercheuse.
En 1979, la politique de l’enfant unique est actée pour favoriser le développement économique du pays. Mais si dans les années 1980, les lourdes sanctions infligées aux familles ne respectant pas limitation des naissances ne font pas plier la population, en particulier les paysans, la décennie 1990 marque une nouvelle baisse de la natalité chinoise.


Des changements socio-économiques profonds

Les progrès sanitaires, la hausse du coût de la vie, l’augmentation du niveau d’instruction ont fait évoluer les normes familiales et ont initié des changements sociaux économiques qui ont ouvert la voie à la réduction de la fécondité. En outre, la diffusion des échographies a conduit à « un développement massif des avortements sélectifs, destinés à empêcher les naissances de filles dans un contexte socioculturel de préférence pour les fils », explique Isabelle Attané.

Résultat : la démographie chinoise est en berne, la population vieillit à une vitesse exponentielle et un déséquilibre des sexes se creuse. « Des préoccupations majeures des autorités chinoises qui ont motivé l’abandon récent de la politique de l’enfant unique », commente la spécialiste. Ainsi, fin 2013, les couples dont l’un des conjoints est un enfant unique ont pu avoir deux enfants. Deux ans plus tard, la loi est à nouveau assouplie et permet à tous les couples d’avoir deux enfants.

Pour le moment, les effets de l’abandon de cette politique ne sont pas mesurables. Mais les premiers chiffres disponibles ne présagent pas d'une inversion de la tendance. En 2015, 800 000 enfants seraient nés dans le cadre de la nouvelle politique. « Un chiffre très en deçà des quelque deux millions de naissances annuelles supplémentaires attendues du fait de l’assouplissement de la loi fin 2013 », souligne Isabelle Attané.


Chômage et insécurité de l'emploi

Pour la démographe, ce faible impact des réformes a plusieurs explications. D’abord, les femmes citadines connaissent un taux de chômage deux fois plus important que les hommes. Les discriminations dans le monde du travail (salaire inférieur, licenciement abusif à la suite d’un congé maternité ou départ en retraite forcé) n’incitent pas non plus les femmes à faire des enfants.
En outre, les accès à l’école ou aux soins sont payants en Chine, ce qui impose d’importants sacrifices financiers aux familles. Enfin, les jeunes couples souhaitent choisir le moment où ils feront des enfants, et donnent le plus souvent la priorité à leur carrière professionnelle.

« Les couples chinois procèdent donc à des arbitrages qui les conduisent à retarder la naissance d’un enfant voire, pour certains, d’y renoncer », conclut la chercheuse, ajoutant qu'un rebond durable de la fécondité en Chine ne sera possible qu'en améliorant la protection des femmes sur le marché du travail et en apportant un soutien financier plus important aux familles.