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Infections Sexuellement Transmissibles

IST : les voyageurs prennent plus de risques

Par Marion Guérin

En vacances, les voyageurs auraient tendance à multiplier les conquêtes sexuelles et les comportements imprudents, ce qui les expose à un surrisque d’IST.

Ammentorp/epictura
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Voyager, c’est découvrir un pays, se mêler à sa population, partager ses mœurs… et ses MST. Deux études publiées dans la revue Sexually Transmitted Infections, émanation du célèbre BMJ, alertent sur les risques qui planent sur les globe-trotteurs. Selon leurs conclusions, ces voyageurs auraient particulièrement tendance à multiplier les comportements à risque et s’exposeraient ainsi aux infections sexuellement transmissibles.

La première étude revient sur les résultats de la « National Survey of Sexual Attitudes and Lifestyles (Natsal-3) », une enquête nationale menée au Royaume-Uni pour sonder les habitudes de la population en terme de sexualité. Les chercheurs ont analysé les réponses de 12 530 personnes âgées de 16 à 74 ans.
 

« Esprit de liberté »

Verdict : environ un homme sur dix et une femme sur vingt a eu une relation sexuelle avec un habitant rencontré dans un pays visité au cours d’un voyage. Parmi ces personnes qui nouent un contact étroit avec la population locale, beaucoup ont eu plusieurs partenaires.

Or, cet état de fait serait fortement associé à des comportements imprudents, selon les auteurs. « Les relations sexuelles à l’étranger ont tendance à être moins protégées à cause de l’esprit de liberté caractéristique des voyages, mais aussi en raison de contextes potentiels de prise d’alcool ou de drogues », écrivent les chercheurs.

Surveiller les seniors

Cette légèreté s’accompagne d’une moindre propension à utiliser des préservatifs, mais aussi d’une augmentation du risque de grossesses non désirées et de violences sexuelles. « Cela montre l’importance de fournir des conseils aux voyageurs dans le cadre d’une approche globale ».

Les auteurs estiment en outre qu’un effort d’information doit être réalisé auprès 35-74 ans qui voyagent de plus en plus, profitant d’une santé qui, globalement, s’améliore. Cette population spécifique aurait davantage tendance à avoir des rapports tarifés à l’étranger (un homme sur quatre parmi le groupe étudié).
 

Voyageurs en Thaïlande

La seconde étude est une sorte d’illustration pratique de la première. Les chercheurs ont analysé l’expérience de 2013 baroudeurs qui ont visité deux îles thaïlandaises (Koh Tao et Koh Phangan) au cours de l’année 2013. La plupart avaient moins de 25 ans.

Parmi ce groupe, 39 % des répondants ont déclaré avoir eu une relation sexuelle avec un inconnu rencontré sur place… et presque autant (37 %) ont admis avoir fait un usage irrégulier du préservatif, voire n’en avoir pas utilisé du tout.

Les Allemands sont plus sages

Pourtant, ce n’est pas faute d’y avoir pensé. Bien des packpackers disposaient dans leurs bagages de préservatifs, mais plus d’un tiers n’y ont malgré tout pas eu recours. Selon les chercheurs, les Anglais et les Suédois sont les plus enclins à avoir des relations sexuelles non protégées dans le pays visité, tandis que les voyageurs allemands semblent plus avisés, eux qui utilisent davantage le condom. Toutefois, ces derniers affichent moins de conquêtes étrangères que leurs pairs britanniques.

Dans un éditorial accompagnant les deux études, les médecins Alberto Matteelli et Susanna Capone, (Infectious and Tropical Diseases Clinic, Université de Brescia, Italie), soulignent que ces résultats revêtent de nombreuses implications, alors que le nombre d’IST explose à travers le monde.