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Destruction des cellules cérébrales

Zika : comment l'infection provoque la microcéphalie

Par Anne-Laure Lebrun

En utilisant des modèles 3D de cerveau humain, des chercheurs ont découvert que le virus Zika retourne le système immunitaire contre l'organisme. 

Andre Penner/AP/SIPA
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Pas à pas, les chercheurs comprennent mieux comment le virus Zika peut provoquer la microcéphalie. Cette malformation congénitale n’est pas observée chez tous les enfants nés de mères infectées : le risque est de 1 % lorsque la femme est contaminée lors de son premier trimestre de grossesse.

Mais jusqu’à aujourd’hui les scientifiques ignoraient les mécanismes permettant au virus de perturber le développement cérébral des fœtus. Des travaux parus en mars dernier ont montré qu’il infectait préférentiellement les cellules souches neuronales et induisait leur mort. Une étape de plus vient d’être franchie par une équipe américaine de l’université de San Diego (Californie, Etats-Unis). Ils publient leurs travaux dans Cell Stem Cell. 


Le virus pirate le système immunitaire

En utilisant des cultures de cellules en 3D mimant un « mini-cerveau » , équivalent à celui d’un fœtus de 3 mois, les chercheurs ont découvert que le virus Zika active une molécule appelée TLR3. Habituellement, cette dernière est produite par les cellules pour se protéger des infections. Or, lorsqu’elle est « hyperactive », TLR3 bloque les gènes permettant aux cellules souches de devenir des cellules neuronales et active ceux qui déclenchent leur mort. Ainsi, lorsque le modèle 3D a été infecté par le virus Zika, les chercheurs ont noté une diminution de son volume d’environ 16 %.

« Nous sommes tous dotés d’un système immunitaire conçu pour combattre tous les virus, mais le virus Zika utilise ces mécanismes de défenses contre nous », explique Tariq Rana, professeur de pédiatrie à l’école de médecine de l’université de San Diego. En activant TLR3, le virus Zika inactive les gènes qui induisent la différenciation des cellules souches en différentes parties du cerveau. Mais la bonne nouvelle est que nous avons des inhibiteurs de TLR3 qui peut empêcher ce processus. »

Les scientifiques ont donc testé ces molécules sur le modèle 3D. Ils ont alors découvert que ces inhibiteurs atténué considérablement les dégâts provoqués par le virus Zika. Ce résultat confirme que TLR3 est un acteur clé de la survenue de la microcéphalie.


Des dégâts persistants

Néanmoins, les organoïdes infectés par Zika et traités par ces inhibiteurs n’étaient pas parfaits. Ces cerveaux de laboratoire présentaient des anomalies de développement, en partie lié par la destruction de cellules souches neuronales.

Bien que ces travaux soient encourageant et ouvrent une piste thérapeutique, les auteurs indiquent que leurs expériences ont été menées avec une souche virale originaire d’Ouganda. Or, la souche qui sévit actuellement est asiatique. Les différences entre ces deux virus, notamment génétiques, expliqueraient en partie pourquoi une telle épidémie a pu survenir et la dangerosité de l’infection. Il se pourrait donc que les mécanismes utilisés par le virus actuel soient différents.