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Sevrage tabagique

Prudence du Haut conseil de santé publique sur la e-cigarette

Par Marion Guérin

EXCLUSIF - Le rapport du Haut Conseil de la Santé Publique ne devrait pas recommander la e-cigarette dans le sevrage tabagique.

Rich Pedroncelli/AP/SIPA

Epineux. Le vapotage en France ne devrait pas être recommandé dans le sevrage tabagique par les experts du Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP), en pleine rédaction d’un rapport très attendu sur la e-cigarette. Ses membres doivent en effet se prononcer sur le texte de recommandations, fruit d’une longue réflexion, qui sera remis aux commanditaires (DGS et Mildeca (1)) d’ici deux à trois semaines.

Un rapport en demi-teinte

Selon nos informations, le Haut Conseil ne devrait pas trop se mouiller sur cette question hautement sensible. Alors que l’Angleterre s’apprête à rembourser une e-cigarette dans le sevrage tabagique, en France, l’extrême prudence sera une nouvelle fois de mise.

Car à l’image de la société, les membres du Haut Conseil sont encore très partagés sur l’attitude à adopter – précaution ou pragmatisme. « On sent qu’il y a plusieurs chapelles, des cultures différentes, explique un représentant d’association, auditionné pour le rapport. Tous les membres n’ont pas le même logiciel. »

Ainsi, alors qu’une partie du HCSP tend à faire de la e-cigarette un instrument de réduction des risques apte à sevrer les consommateurs de tabac, une autre penche plutôt pour l’approche préventive, en l’absence de connaissances scientifiques sur sa toxicité à moyen et long terme. D’un côté, promouvoir ; de l’autre, empêcher. Deux approches qui semblent effectivement irréconciliables.

Le Haut Conseil a bien essayé de dépasser cet antagonisme en organisant des auditions avec des experts, des associations, des médecins. « Mais au final, le rapport sera du même acabit que ce qu’a rendu la HAS [Haute Autorité de Santé, ndlr] », précise une source proche du dossier. 

C’est-à-dire qu’il ne dira pas grand-chose. A l’unisson de la HAS, il ne préconisera pas la e-cigarette comme outil d’aide à l’arrêt du tabac, avec tout ce qu’une telle démarche implique – consultations médicales, éventuel remboursement du substitutif, campagne d’information pour un usage encadré… Même s’il ne niera pas l’utilité de la vapoteuse pour les fumeurs qui cherchent à réduire ou cesser leur consommation.
De nombreuses questions risquent donc de rester en suspens après la publication du rapport, comme l'a souligné la députée Michèle Delaunay sur Facebook. 

En novembre, le collège de la HAS écrivait pour justifier sa position que « les données de la littérature sur l’efficacité et l’innocuité de la cigarette électronique sont encore insuffisantes pour la recommander dans le sevrage tabagique ». Quatre mois plus tard, les autorités sanitaires françaises ne semblent pas changer d’opinion. 


(1) DGS : Direction Générale de la Santé
Mildeca : Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues et les Conduites Addictives