ACCUEIL > QUESTION D'ACTU > Alcool : une campagne de pub qui choque la HAS

Alcool : une campagne de pub qui choque la HAS

Par Philippe Berrebi

Les quelques députés frondeurs qui ont réussi à assouplir la loi Evin sur la publicité sur l’alcool peuvent être satisfaits. Moins d’une semaine après leur fait d’armes à l’Assemblée nationale lors du vote définitif de la loi santé, la filière viticole a reçu le message cinq sur cinq.
« Aimer le vin, c’est aussi avoir un grain de raison », la campagne de communication lancée dimanche dernier par Vin et société, à défaut de donner dans la finesse, est tout à fait explicite.

Mais la provocation ne s’arrête pas là, relèvent aujourd’hui vos quotidiens. Comme le redoutaient les addictologues, cette campagne s’appuie sur des repères de consommation pour défendre l’idée d’un usage modéré de l’alcool : 2 verres quotidiens maximum pour les femmes, 3 pour les hommes, 4 en une seule occasion, 0 une fois par semaine. Et ces alcooliers enfoncent le clou en précisant que ces chiffres sont inscrits dans le Plan national nutrition santé (PNNS) soutenu par les acteurs institutionnels.

Pour la Haute autorité de santé (HAS), il s’agit carrément du détournement d’un outil médical servant justement à lutter contre les dangers de l’alcool.
En clair, les chiffres avancés par les alcooliers sont « des seuils d’alerte » et non des repères pour « une consommation acceptable ». Président du PNNS, le Pr Serge Hercberg va encore plus loin : ces « repères » sont « obsolètes », précise-t-il à l'AFP. Pour l’Institut national du cancer (INCa), le risque de cancer augmente dès une consommation moyenne d'un verre par jour.

Enfin, ces seuils ne concernent pas des populations vulnérables comme les jeunes, les femmes enceintes ou les personnes âgées qui font pourtant partie des cibles privilégiées des vendeurs d’alcool.

Ces derniers ont gagné sans forcer la première bataille avec cette campagne. Et le claironnent haut et fort : « Le lobby du vin n'a pas à rougir de cette démarche, on y a investi 600 000 euros, affirme dans Le Figaro Audrey Bourolleau, déléguée générale de Vin et société. La France n'alloue que 5 millions par an, soit 2 % des dépenses de santé, à la prévention contre l'alcool, et a déjà été épinglée pour cela ! ».
Une bataille qui fait 49 000 morts par an.

Retrouvez notre émission L'invité santé avec Jean-Pierre Couteron.