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Dépression, sautes d'humeur

Sommeil : mieux vaut faire court que haché

Par Jonathan Herchkovitch

Une étude américaine montre qu’un sommeil interrompu plusieurs fois dans la nuit est plus nuisible pour la santé qu’une nuit trop courte.

Mood Board / Rex Featur/REX/SIPA
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Les jeunes parents et le personnel soignant de garde le savent sûrement déjà : les interruptions du sommeil ruinent l’humeur, et la dépression les attend parfois au tournant. Les chercheurs de l’hôpital John Hopkins de Baltimore viennent de confirmer ce ressenti, en observant une baisse significative de l’humeur lorsque le sommeil est haché. Une situation qui serait plus préjudiciable pour la santé que des nuits trop courtes.

 

Sur trois nuits consécutives, un groupe de 21 sujets a subi huit réveils forcés. Leur humeur a été comparée à celle de deux groupes témoins : l’un dont le sommeil a été retardé mais pas dérangé, et l’autre ayant eu droit à une nuit normale. A travers des questionnaires que les sujets remplissaient eux-mêmes, l’équipe de Patrick Finan, assistant professeur en psychiatrie et en sciences du comportement à l’hôpital Hopkins, a pu évaluer l’évolution de leur humeur.

 

Le manque de sommeil profond

Dès la deuxième nuit, les résultats se sont montrés significatifs. Si les niveaux d’humeurs négatives – colère, tristesse – n’ont pas été augmentés par les réveils successifs, les pensées positives ont quant à elles nettement perdu du terrain. Pour le groupe dont le sommeil a été retardé, la perturbation s’est également traduite par une baisse de forme mentale, mais beaucoup moins prononcée.

« Les interruptions au cours de la nuit empêchent la progression dans les étapes qui mènent au sommeil profond, qui est justement la clé de la sensation de repos », explique Patrick Finan. « De nombreuses personnes souffrant d’insomnie ont un sommeil haché, et ne profitent ainsi pas d’un vrai sommeil réparateur. »

Vers une meilleure prise en charge de l’insomnie

L’étude s’est déroulée sur des sujets sains, mais d’après les chercheurs, ces résultats pourraient être valables également pour des personnes atteintes de troubles du sommeil. Ces individus, qui représentent 10 % de la population aux Etats-Unis, subissent cette expérience de manière chronique, et le véritable enjeu réside dans la compréhension des phénomènes biologiques entourant le fonctionnement de la dépression liée à l’insomnie, qui reste nébuleuse.

 

Les interruptions seraient donc la raison de la dépression associée aux contraintes nocturnes de certaines professions, et pas forcément le manque de sommeil en soi. L’étude a également révélé un facteur cumulatif important. Les réels effets sont apparus à la suite de la deuxième nuit, et se sont prolongés quelques jours après la fin des expériences, malgré le retour à des nuits complètes.