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400 000 cas évités en 50 ans

Cancer de l'utérus : la pilule offre un effet protecteur, même après son arrêt

Par Anne-Laure Lebrun

Au cours des 10 dernières années, la contraception orale a permis d'éviter 200 000 cancers de l'utérus. Un effet protecteur qui persisterait 30 ans après l'arrêt de la pilule. 

SERGE POUZET/SIPA

La pilule contraceptive protégerait contre le cancer de l’utérus (aussi appelé cancer de l’endomètre) et aurait permis d’éviter 400 000 cas depuis 1965 dans les pays développés, révèle une étude parue ce mercredi dans The Lancet Oncology.

Pour arriver à ces conclusions, des chercheurs britanniques ont analysé les résultats de 36 études rassemblant plus de 27 200 femmes atteintes d’un cancer de l’utérus – à ne pas confondre avec le cancer du col de l'utérus – et plus de 115 000 femmes en bonne santé vivant en Europe, Amérique du Nord, Australie, Asie et Afrique du Sud. Ils ont alors constaté qu’en 50 ans, la pilule contraceptive avait permis d’éviter 400 000 cas de cancers, dont 200 000 au cours des dix dernière années (2005-2014).

Une protection persistant 30 ans après l'arrêt

Selon les résultats de l’étude, prendre la pilule pendant 5 ans réduit d’environ 25 % le risque de cancer de l’endomètre avant 75 ans. Son utilisation durant 10 ans permettrait de diminuer le risque de moitié. « L’effet protecteur important des contraceptifs oraux – qui persiste des années après l’arrêt de la pilule – signifie qu’une femme qui l’a utilisée quand elle avait 20 ans ou moins continue de bénéficier de son effet après ses 50 ans, lorsque le cancer de l’endomètre devient plus fréquent », explique Valérie Beral, professeur d’épidémiologie à l’université d’Oxford (Royaume-Uni) et coordinatrice du projet. Les chercheurs ont en effet estimé que l’effet protecteur pouvait durer pendant au moins 30 ans, et ce, pour toutes les femmes, même les plus à risques (fumeuses, consommatrices d’alcool, obèses ou femmes ménopausées suivant des traitements hormonaux substitutifs).

Si ces données chiffrées sont nouvelles et permettent de confirmer l’effet protecteur de la pilule, le mécanisme d’action sous-jacent est connu depuis longtemps. «  Au niveau de l’endomètre, la pilule provoque une atrophie. Or, le cancer de l’endomètre est proportionnel à son épaisseur, c’est-à-dire que les femmes qui ont une hyperplasie (augmentation bénigne du volume de ce tissu, ndlr) ont plus de risques de développer un cancer que les femmes ayant un endomètre atrophié », explique le Pr Bernard Hédon, président du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF).

Ne dépend pas de la dose d'hormones

Par ailleurs, cet effet ne semble pas dépendre de la dose d’œstrogènes contenue dans ce contraceptif. De fait, depuis les années 1980, les pilules ont été reformulées et la dose d’œstrogènes a fortement baissé. « Cependant, il apparaît que le risque de développer un cancer de l’utérus entre les années 1960 et 1980 n’a pas augmenté. Ces résultats montrent que la quantité actuelle d’œstrogènes dans les pilules faiblement dosées est suffisante pour réduire le risque de cancer », indiquent les auteurs. La combinaison œstrogène et progestérone ne semble pas non plus l’affecter. Outre son effet contre le cancer de l'endomètre, de nombreux travaux montrent que le pilule diminue le risque de cancer des ovaires.

Toutefois, l’utilisation de la pilule contraceptive n’est pas sans danger. Elle augmente le risque de thrombose veineuse ou artérielle (formation d’un caillot de sang dans un vaisseau sanguin) pouvant entraîner une embolie pulmonaire, un infarctus ou un accident vasculaire cérébral (AVC). Plusieurs travaux suggèrent également un lien entre contraceptif oral et la survenue d’un cancer du sein.  

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