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QUESTION D'ACTU

Schizophrénie, TOC, addictions...

Mad Pride : une marche pour déstigmatiser les malades mentaux

La « Mad Pride » réunira à Paris des personnes atteintes de maladies mentales. Les organisateurs entendent lutter contre la stigmatisation de la société à leur égard.

Mad Pride : une marche pour déstigmatiser les malades mentaux La première Mad Pride à Paris, juin 2014 - NICOLAS MESSYASZ/SIPA

  • Publié 06.06.2015 à 09h00
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« Fou, et alors ? » C’est en arborant ce slogan que plusieurs centaines de personnes battront le pavé parisien samedi 13 juin, pour la deuxième édition française de la « Mad Pride ». Ce jour-là, schizophrènes, bipolaires, alcooliques ou encore phobiques n’auront plus à vivre cachés d’une société dont ils sont les marginaux. Pendant une journée, ils pourront se « rendre visibles ».

« La société a peur des maladies mentales »

Quatorze associations sont à l’origine de l’organisation de ce défilé, qui a vu le jour dans les rues de Toronto, au Canada, il y a une vingtaine d'années. Ce jeudi, au cours d’une conférence de presse, leurs membres racontent les parcours du combattant des personnes atteintes de troubles psychiques. Les licenciements à répétition, l’isolement, la discrimination ordinaire... « La société a de la compassion pour les handicaps physiques. Mais les maladies psychiques lui font peur », disent-ils.

C’est donc pour combattre des préjugés tenaces qu’ils marchent. « Pour lutter contre la disqualification ; pour être reconnus comme des personnes, et non pas comme des symptômes. Nous n’avons pas à avoir honte de ce que nous sommes, explique Philippe Guérard, président de la Mad Pride et de l’association Advocacy France, qui rassemble des usagers en santé mentale. L’an dernier, une femme qui regardait la marche a interrogé l’un d’entre nous : "qui êtes-vous ?" – "je suis schizophrène, mais je n’ai tué personne !". Puis, ils ont discuté. C’est cela, que nous voulons. Que le gens nous posent des questions et apprennent à nous connaître ».

Ecoutez...
Marie-Agnès Letrouit, fondatrice de l'association Schizo? Oui! : « Certains disent : nous ne sommes pas fiers d’être schizophrène. Mais on peut être fier de lutter contre cette maladie. Imaginez faire face à des voix qui vous insultent toute la journée… »

« Le fou n’est pas violent »

Le problème, c’est que la stigmatisation des maladies mentales est tellement ancrée dans la société, que les personnes atteintes de troubles ont elles même intériorisé ces discriminations. « On s’auto-stigmatise, expliquent-ils. On se dévalorise, raconte Michèle Mestre d'AFTOC (Association Française de personnes souffrant de Troubles Obsessionnels Compulsifs). Cette marche doit nous permettre de nous réapproprier notre citoyenneté et de réinvestir la cité. Nous devons retrouver notre parole confisquée ». Elle vise un objectif d’ « empowerment » - à savoir, « la reprise du pouvoir sur soi ».

Les organisateurs entendent également contrer le discours commun qui associe ces troubles à la délinquance ou à la violence. Ils dénoncent avec vigueur l’allocution de Nicolas Sarkozy, qui, en 2008, après un fait divers dramatique, avait fait du fou un criminel avant d’engager une réforme sécuritaire de l'hôpital psychiatrique, en renforçant notamment l’internement d’office des malades.
« La violence n’a jamais fait partie de la définition de la schizophrénie », martèle Marie-Agnès Letrouit, de l'association Schizo? Oui!, qui a par ailleurs reçu la Légion d'Honneur. « Le malade mental a le même traitement qu’un prisonnier – on l’enferme de force, on le soigne contre son gré. Ca ne peut pas fonctionner… », répond en écho Philippe Guérard.

Ecoutez...
Philippe Guérard, président de la Mad Pride et de l'association Advocacy France : « Quand un ministre explique qu'il ne paye pas ses impôts parce qu'il est phobique... Quand on dit de Cahuzac qu'il est schizophrène... On mélange tout. »

La psychiatrie, parent pauvre de la médecine

A travers leur démarche, les organisateurs entendent aussi interpeller les autorités sur le sort de la psychiatrie française. Beaucoup demandent la révision de la loi de 2011, mais aussi des moyens supplémentaires pour la psychiatrie, désignée comme le « parent pauvre de la médecine ».

« Les malades auraient envie de prendre un train seul, mais ils s’en empêchent parce qu’ils ont peur. Si on pouvait les prendre en charge à l’arrivée du train, à la manière des handicapés physiques, cela changerait tout ! Il faudrait former les aidants aux handicaps mentaux », souligne Philippe Guérard. L’accès aux soins est aussi cité comme l’une des priorités, tout comme la nécessité d’être mieux encadré lors des séjours hospitaliers, « qui ont tendance à se raccourcir et à se dérouler dans des environnements sécuritaires ».

Bien qu’ils soient conscients que « les mentalités mettront du temps à changer », les organisateurs placent beaucoup d’espoir dans cette Mad Pride. Elle démarrera à 14 heures à Denfert-Rochereau et se terminera à la place de la Bastille. « Il y en a des Bastille à prendre, en santé publique ! »

 

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