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JO de Londres

Des sportifs au bout de l'exploit

Par Mathias Germain

C'est la fin du "plus vite, plus haut, plus fort". Les athlètes, quelle que soit la discipline, atteignent progressivement les limites physiologiques de l'être humain. Du coup, les records plafonnent. 

Lee Jin-man/AP/SIPA
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C’est l’effervescence, les Jeux olympiques démarrent à Londres. Les 10 500 athlètes inscrits à cette grand messe du sport s’apprètent à se défier pour battre de nouveaux records. Mais les dieux de stade en ont-ils encore les moyens ? Ainsi, Usain Bolt, le sprinteur jamaïcain qui avait créé la surprise à Pékin en 2008 en "pulvérisant" ses concurrents pourrait bien ne pas réaliser de nouvel exploit.
A Pékin, il inscrit deux records du monde. Un an après, il les dépasse aux championnats du monde d’athlétisme de Berlin : 9 secondes 58 centièmes sur 100 mètres et 19 secondes 19 centièmes sur 200 mètres en 2009. « Mais quand on regarde sa courbe physiologique, il ne lui reste qu’une à deux années pour espérer s’améliorer encore… Après, il passera son pic de performances et entrera dans une phase descendante, explique Jean-François Toussaint, professeur de physiologie et directeur de l’IRMES (Institut de recherche médicale et d’épidémiologie du sport). En plus cette année, il a connu quelques blessures. La victoire pourrait bien être remportée par son compatriote Yohan Blake qui a battu Usain Bolt lors des sélections jamaïcaines sur 100 mètres mais avec un temps inférieur au record du monde, 9 secondes 75 centièmes… Verdict à Londres le 5 août prochain lors de la finale du 100 mètres.


Ecoutez le Pr Jean-François Toussaint, directeur de l’IRMES
, « On voit bien qu’Usain Bolt est en train de passer son pic de performances. »
 


Du côté de la natation, autre sport vedette des JO, les espoirs de record sont aussi minces. D’autant plus que les combinaisons en polyuréthane qui avait permis aux nageurs d’inscrire de nouvelles performances ne sont plus autorisées depuis 2010. Les champions auront donc du mal à passer en dessous des temps inscrits avec des combinaisons augmentant la portance du nageur et réduisant sa trainée…

D’une manière générale, le directeur de l’IRMES ne prévoit pas beaucoup d’exploits pour les JO 2012. « Les occasions de battre des records du monde, on les comptera sur les doigts des deux mains, à peine », estime Jean-François Toussaint. Au JO de Pékin en 2008, les athlètes ont inscrits une trentaine de records, on sera certainement en dessous pour cette édition. 

Les propos d’un défaitiste ? Non, d’un analyste et d’un ancien athlète. Avec son équipe de l’IRMES, il décrypte de façon exhaustive les milliers de records du monde homologués depuis les premiers Jeux olympiques modernes de 1896. Et le constat est sans appel. L’homme serait quasiment au bout de ses limites physiologiques. D’après le modèle statistique mis au point par ces chercheurs, les records dans les disciplines olympiques ont désormais atteint 99% de leurs limites. D’ici 20 ans, la moitié d’entre eux ne pourra plus être améliorée de plus de 0,05%. Et dans moins d’une génération (60 ans), quasiment aucun record ne sera dépassable de façon naturelle; sauf à changer d’unité et mesurer les courses en millième de secondes, ou l’haltérophilie au gramme près.



Ecoutez le Pr Jean-François Toussaint
, « C’est en stagnation depuis 20 ans. »
 


Le déclin paraît inéluctable, malgré l’amélioration du matériel, du recrutement et surtout des conditions d’entraînement.
 Pour les chercheurs, cette évolution signifie clairement que ce sont bien les limites physiologiques humaines qui sont atteintes. En effet, constatent-ils, « ce modèle s’applique aussi bien pour des épreuves sportives qui font appel aux capacités aérobies (10 000 m en patinage de vitesse) qu’anaérobies (haltérophilie), mobilisant des groupes musculaires des membres inférieurs (cyclisme) ou supérieurs (lancer de poids), avec des efforts explosifs (saut en hauteur) ou de durée très longue (lancer de poids) ».
En outre, cette tendance est observée chez les hommes comme chez les femmes, et pour les performances collectives établies lors des relais.
 Et les disciplines qui combinent plusieurs sports comme l’heptathlon ou le décathlon, il n’y a pas de marge de progression ? « Non, là aussi, on observe chez les dix meilleurs athlètes masculins et féminins le même plafond que pour les autres disciplines », explique Jean-François Toussaint.


Ecoutez le Pr Jean-François Toussaint
, « On aura encore des surprises dans les sports collectifs »
 


Mais au-delà des records, il n'en reste pas moins que le sport permet d'entretenir sa santé et de se dépasser soi-même, que l'on soit malade ou en bonne santé.