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Encéphalopathie traumatique chronique

Le "syndrome du boxeur" pourrait concerner le rugby

Par Yvan Pandelé

Des chercheurs britanniques ont décrit un cas d’encéphalopathie traumatique chronique en lien avec la pratique du rugby.

AP Photo/ Christophe Ena

C’est une nouvelle qui risque d’inquiéter le monde de l’ovalie, habituellement peu chichiteux en matière de contact viril. Dans une étude publiée dans le Quaterly Journal of Medicine, des chercheurs britanniques ont décrit un cas d’encéphalopathie traumatique chronique chez un joueur de rugby récemment décédé.

 

Traumatismes crâniens à répétitions

Bien connue dans la boxe et le football américain, l’encéphalopathie traumatique chronique (ETC) est une maladie neurodégénérative occasionnée, au moins en partie, par l’accumulation de commotions cérébrales. Autrefois surnommé « syndrome du boxeur », la pathologie se traduit par une grande instabilité émotionnelle, de l’agressivité et des troubles cognitifs tels que des altérations de la mémoire et du jugement.

Le cas décrit par les chercheurs est celui d’un homme ayant eu une longue et honorable carrière de joueur amateur de haut niveau, au sein du championnat d’Angleterre de rugby à XV. Il jouait en troisième ligne centre, une position où les placages dévastateurs, susceptibles d’ « éteindre la lumière » – l’équivalent rugbystique du KO –, sont légion.

 

Diagnostic post mortem

Travaillant dans les affaires, l’homme avait connu des troubles cognitifs vers l’âge de 50 ans, qui l’ont progressivement rendu incapable de gérer son entreprise et l’ont amené, en 2013 à être admis dans le service de neurologie de l’hôpital Southern General, à Glasgow. Il y décédera un an plus tard, à l’âge de 57 ans, des suites d’une pneumonie.

Le diagnostic clinique initial était celui d’une paralysie supranucléaire progressive, une maladie neurologique orpheline d’origine inconnue. Mais l’autopsie du cerveau a dévoilé des signes caractéristiques de l’ECT. Les chercheurs ont mis en évidence la présence de protéines tau dans les neurones du joueur, responsables notamment d’une atrophie de l’hippocampe, une structure cérébrale profonde essentielle pour la mémoire.

 

Un cas encore exceptionnel

Comme le rappelait il y a peu l'ancien joueur Rory Larmont, le nombre de commotions cérébrales dans le rugby est élevé. Mais les cas avérés d'ECT sont rarissimes, précisent les chercheurs, qui n’ont recensé qu’un seul cas peu documenté. La difficulté à diagnostiquer cliniquement le syndrome joue sans doute, mais ce pourrait également être le signe d’une incidence réduite par rapport à d’autres sports de contact.

Toujours est-il que le lien entre ECT et la pratique de sports comme football américain et de la boxe est désormais fermement établi, et ne peut qu’inciter à la prudence. La Fédération française de rugby n'y est pas insensible, qui a récemment mis à jour son protocole de prise en charge des commotions cérébrales. Dans le match contre l'ECT, les mouches peuvent encore changer d'âne.