ACCUEIL > QUESTION D'ACTU > Santé au travail : le "bore out" menace ceux qui s'ennuient

Prévention des risques professionnels

Santé au travail : le "bore out" menace ceux qui s'ennuient

Par Dilan Fadime Yavuz

Alors que certains travailleurs débordés souffrent de burn out, d’autres subissent tout le contraire : le bore out. S’ennuyer au travail devient alors une maladie aux conséquences graves.

GILE MICHEL/SIPA
MOTS-CLÉS :

En période de crise économique et de chômage croissant, s’ennuyer au travail pourrait presque être un comble. A l’inverse du célèbre burn out, un épuisement professionnel dû à une suractivité, le bore out, se définit comme l'épuisement professionnel causé par l'ennui. Mais comment se plaindre d’un ennui au travail quand d’autres peinent à trouver un emploi ?

Si l’idée peut prêter à sourire, les conséquences, elles, ne le sont pas. Un bore out entraine des conséquences toutes aussi dramatiques que son cousin. Le salarié est en état de souffrance psychologique, ce qui peut le conduire à une grave dépression.

Sentiment de culpabilité du salarié

Lorsque le salarié manque d’activité ou lorsque l’employeur ne lui confie pas de responsabilité de façon persistante, cela peut conduire l’employé à se sentir inutile. Il se dévalorise et se considère comme « mis au placard ».

Interrogée par Rue89 en février dernier, Emmanuelle Rogier, psychologue du travail et membre du réseau national Souffrance & travail, explique que « la différence entre le burn out et le bore out, c’est la honte. Nous sommes dans une société qui valorise la suractivité. Celui que au contraire n’est pas actif est honteux, il a la sensation de voler son salaire. Il devient même coupable ».

Même si aujourd’hui, il est difficile de chiffrer le nombre de personnes touchées par ce mal-être, l’ennui au travail est une maladie qui toucherait de plus en plus de salariés. Dans un article publié en 2011, dans la Revue internationale de psychologie et de gestion des comportements organisationnels, les auteurs, Christian Bourion et Stéphane Trebucq, relèvent que « 32 % des salariés européens occupent un emploi où ils n’ont rien à faire ».

 

Des symptômes et des causes

La routine sur son lieu de travail peut avoir des effets qui ne sont pas à prendre à la légère. D’après une étude publiée dans l’Oxford journal of Epidemiology, le bore out multiplierait par trois le risque de maladies cardiovasculaires chez les personnes qui y sont exposées. Source de dépression et d’une fatigue importante, il fait perdre au salarié l’estime de soi.

Pour beaucoup, le travail doit répondre à des attentes toujours plus grandes : soif de reconnaissance, gain d'argent, évolution professionnelle, tissage d' un réseau social. Mais quand le travail en question a peu d’intérêt pour le salarié, très souvent surqualifié par rapport au poste qu’il occupe, ces aspirations se retrouvent « mises au placard ». L’employé frustré de ne pas être reconnu à sa juste valeur s’enfermera dans un cercle vicieux de dénigrement de sa personne et de démotivation. C’est alors qu’apparaissent des tensions psychologiques, bien souvent tues, qui conduisent à un état dépressif.

En juillet 2014, une proposition sénatoriale qui visait « à mieux protéger la santé des travailleurs » avait été enregistrée. Elle recommandait notamment d'inscrire le burn out dans la liste des maladies professionnelles. Reste à savoir si le bore out suivra le même chemin.