Les jeunes filles sont plus complexées. En comparaison aux adolescents de leur âge, elles sont plus nombreuses à souffrir d’insatisfaction corporelle. C’est la conclusion d’une étude parue dans la revue PLOS One, et réalisée par Clothilde Napp, directrice de recherche CNRS à l’université Paris Dauphine-PSL.
Les filles sont plus mal dans leur peau dans les pays développés
Ses travaux reposent sur l’analyse de deux enquêtes internationales, qui ont permis de constituer un échantillon de près de 300.000 adolescents âgés de 11 à 16 ans, et résidant dans 41 pays différents. La chercheuse et son équipe ont recensé les réponses à des affirmations comme "je ne me fais pas de souci pour mon poids", "j’apprécie mon corps" ou encore "je me sens trop gros".
Les réponses montrent que les jeunes filles sont plus nombreuses à ne pas être satisfaites de leur corps. "Cette plus grande insatisfaction corporelle est observée de façon quasiment systématique, quel que soit le pays d’origine, l’indice de masse corporelle, le milieu socioéconomique, la performance académique ou l’âge des adolescents", précise l’autrice principale dans The Conversation. En revanche, l’écart entre filles et garçons est plus important dans les pays les plus développés. "Contrairement à ce qu’on pourrait attendre, les pays les plus développés et les plus égalitaires sont ceux où les filles se sentent le plus mal dans leur corps, indique-t-elle. Le développement économique et la reconnaissance de l’égalité ne semblent pas suffire pour réduire ces écarts."
Insatisfaction corporelle : quelles sont les conséquences pour les adolescentes ?
Cette spécialiste rappelle que l’insatisfaction corporelle peut avoir des conséquences plus graves que le seul complexe. "Chez les adolescentes, l’insatisfaction corporelle est plus fortement associée à une moindre confiance en soi et à un bien-être réduit que chez les garçons, ce qui lui confère une place centrale dans leur vie, souligne-t-elle. Là où les filles se déclarent plus insatisfaites, on observe aussi des écarts de genre plus marqués en matière de dépression, de troubles alimentaires et de satisfaction de vie."
Elle rappelle que les taux de troubles alimentaires chez les jeunes femmes sont deux fois supérieurs, en comparaison aux garçons et qu’ils ont augmenté fortement ces dernières années. "Quantifier les différences d’insatisfaction corporelle, et mieux comprendre leurs origines est donc une question de santé publique majeure", conclut Clothilde Napp. Cette spécialiste indique toutefois que ces résultats présentent une limite : ils mettent en avant une corrélation, et non une relation de cause à effet. "Les mécanismes restent à préciser, notamment par des approches qualitatives", prévient-elle.



