- La consommation d’édulcorants, comme le sucralose ou le stévia, affecte la tolérance au glucose.
- En outre, ces substituts de sucre modifient le microbiote intestinal, ce qui peut perturber la production de certaines molécules clés (acides gras à chaîne courte) et altérer le métabolisme.
- Ces changements négatifs se transmettent d'une génération à l'autre.
Zéro calorie mais un goût sucré, les édulcorants sont présents dans plusieurs aliments (compotes, yaourts, glaces, chewing-gums, boissons…) consommés par de nombreux Français. Leurs potentiels effets à long terme sur la santé inquiètent de plus en plus les autorités sanitaires. En effet, "le rôle des édulcorants non nutritifs (ENN) dans le développement d'altérations métaboliques et de maladies chroniques non transmissibles fait l'objet de controverses. On ignore également si ces altérations sont transmises à la descendance ou si le microbiote intestinal est impliqué dans ces processus", selon des scientifiques de l’université du Chili.
47 souris mâles et femelles ont reçu du sucralose ou du stévia avant de se reproduire
Afin d’en avoir le cœur net, ces derniers ont voulu comparer l'effet de la consommation parentale de sucralose (édulcorant artificiel) ou de stévia (édulcorant naturel) sur la santé. Autre objectif : déterminer si ces changements sont transmis aux générations suivantes. Pour les besoins des travaux, publiés dans la revue Frontiers in Nutrition, l’équipe a mené des expériences sur 47 souris mâles et femelles. Les animaux ont été répartis en trois groupes pour recevoir de l'eau seule ou de l'eau enrichie en sucralose ou en stévia (0,1 mg/ml) pendant 16 semaines. Ces rongeurs ont ensuite été croisés pour se reproduire. Par la suite, leur descendance a également été incitée à se reproduire. Les deux dernières générations n’ont pas reçu d’édulcorants.
Chaque génération a subi un test de tolérance au glucose par voie orale, qui évalue la résistance à l'insuline, un signe avant-coureur du diabète. En outre, les chercheurs ont prélevé des échantillons de selles afin d'observer d'éventuelles modifications du microbiote intestinal et de la concentration d'acides gras à chaîne courte. "Ces modifications pourraient indiquer des changements épigénétiques, transmissibles des parents aux enfants. On pense que les édulcorants affectent les acides gras à chaîne courte en altérant la fonction du microbiote intestinal, ce qui peut à terme modifier l'expression des gènes." Enfin, les auteurs ont analysé l'expression de cinq gènes impliqués dans l'inflammation, la fonction de barrière intestinale et le métabolisme hépatique et intestinal.
Édulcorants : des effets durables sur la glycémie et la composition du microbiote fécal
Les résultats ont révélé que différents édulcorants produisaient des effets différents, qui évoluaient au fil du temps. Aucune modification du test de tolérance au glucose par voie orale n'a été observée chez les premiers rongeurs, tandis que la réponse glycémique était légèrement altérée chez les souris mâles du groupe "sucralose" des deux générations consécutives. Cette hyperglycémie à jeun a aussi été observée chez les descendantes femelles des animaux ayant consommé du stévia.
En ce qui concerne la composition du microbiote fécal, elle était plus diversifiée dans les deux groupes ayant consommé des édulcorants. Les animaux ayant consommé du sucralose ont présenté des modifications plus graves et plus persistantes de leur microbiote fécal, avec une augmentation des espèces pathogènes et une diminution des espèces bénéfiques dans leurs selles. Les concentrations d'acides gras à chaîne courte était plus faibles, ce qui suggère "une production réduite de métabolites bénéfiques par les bactéries. Ce trait a été transmis aux générations suivantes."
Autre constat : le sucralose semble activer l'expression de gènes liés à l'inflammation et atténuer celle des gènes liés au métabolisme pendant deux générations après sa consommation. Le stévia influence aussi l'expression des gènes, mais ses effets sont plus faibles et ne se transmettent pas sur plus d'une génération.
"Envisager une consommation modérée de ces additifs"
Dans les conclusions, les scientifiques soulignent toutefois que si cette recherche met en évidence des associations entre les édulcorants et différentes modifications de l'état de santé, elle n'établit pas de lien de causalité. "De plus, l'impact des édulcorants non nutritifs chez la souris ne sera pas exactement transposable à l'homme. (…) L’objectif de cette étude n’est pas de susciter l’inquiétude, mais de souligner la nécessité de poursuivre les investigations. Il pourrait être judicieux d’envisager une consommation modérée de ces additifs et de continuer à étudier leurs effets biologiques à long terme", ont-ils déclaré.


