Détectée tôt, la dépression peut être mieux prise en charge. Pour ce faire, il est essentiel de repérer certains facteurs de risque. Dans Biological Psychiatry, une équipe de recherche révèle qu’ils pourraient être détectables dès l’âge de neuf ans. Ces scientifiques ont identifié des schémas d’ondes cérébrales permettant de prédire les trajectoires de santé mentale à l’adolescence.
Des schémas d’ondes cérébrales pour prédire le risque de dépression dès l’enfance
Leurs travaux reposent sur l’analyse de données récoltées auprès de 64 enfants. Ils étaient âgés de 7 ans au début de l’étude, puis ont été suivis pendant environ 7 ans. "Des données d'électroencéphalographie (EEG) au repos ont été recueillies à 7, 9 et 11 ans, et les symptômes cliniques ainsi que les résultats d'IRMf ont été évalués à 13 ans", indiquent les auteurs. Ils ont constaté que l'âge de 9 ans était "un tournant crucial du développement neurologique". Les chercheurs ont identifié des marqueurs spécifiques, permettant de prédire respectivement l'anxiété et la dépression futures. "À 7 ans, les réseaux cérébraux prédictifs étaient interconnectés, mais à partir de 9 ans, ils se sont différenciés en voies prédictives distinctes", développent-ils.
Ces schémas d’ondes cérébrales distincts permettent de prédire la vulnérabilité à l’anxiété ou à la dépression. Les changements observés entre 9 et 11 ans par les chercheurs étaient liés à l'intensité des symptômes à l’adolescence. "Les signaux des ondes cérébrales sont profondément ancrés dans le centre émotionnel du cerveau (l'amygdale) : l'anxiété est pilotée par un circuit situé dans l'hémisphère droit, tandis que la dépression est pilotée par un circuit miroir situé dans l'hémisphère gauche", indiquent-ils.
Dépression des adolescents : un biomarqueur pour mieux évaluer le risque
Pour ces chercheurs, ces résultats pourraient avoir de nombreuses implications. "Nous avons été surpris de constater que les signaux prédictifs cérébraux de l'anxiété et de la dépression étaient totalement indifférenciés à l'âge de 7 ans, alors qu'ils se distinguaient nettement et devenaient hautement prédictifs seulement deux ans plus tard", commente Guangzhi Deng, doctorant en psychologie expérimentale appliquée à l’Université normale de Pékin et premier auteur de l'étude. Ainsi, ces schémas d’ondes cérébrales pourraient devenir des biomarqueurs, et être utilisés dans le cadre d’un dépistage précoce.
"À l'heure où les crises de santé mentale chez les adolescents augmentent à l'échelle mondiale, cette étude identifie une période critique, autour de l'âge de 9 ans, et des prédicteurs objectifs potentiels pour un dépistage précoce, en remplacement des évaluations subjectives", souligne le chercheur principal, Pengfei Xu, président de la Société chinoise de neurosciences cognitives. D’après l’Organisation Mondiale de la Santé, la dépression touche 1,3 % des adolescentes et des adolescents âgés de 10 à 14 ans et 3,4 % de celles et ceux âgés de 15 à 19 ans.



