L’effet placebo a son équivalent négatif : l’effet nocebo. Il s’agit d’un effet négatif provoqué par une substance, qui n’a pourtant aucune action médicamenteuse. Un cas, rapporté par la littérature en 2007, illustre sa puissance. Paru dans General Hospital Psychiatry, il s'agit de celui d'un jeune homme ayant tenté de se suicider alors qu’il prenait un placebo.
Ses symptômes étaient liés à un médicament placebo
Âgé de 26 ans, il participait à une étude clinique qui avait pour objectif de tester l’efficacité d’un anti-dépresseur. Après une dispute amoureuse, il a pris tous les comprimés dont il disposait, soit 29 capsules, pour tenter de se suicider. Peu de temps après, il s’est rendu aux urgences. "Aidez-moi, j'ai pris tous mes comprimés", a-t-il lancé au personnel médical. Puis, il s’est effondré en lâchant sa boîte de médicaments vide. "Une prise en charge a été immédiatement entreprise, est-il écrit dans le compte-rendu. Monsieur A. était conscient, mais paraissait somnolent et léthargique. (…) L'étiquette confirmait que le flacon contenait des capsules à prendre dans le cadre d’une étude clinique."
Les examens médicaux ont révélé qu’il souffrait d’hypotension, soit une pression artérielle trop basse. Les médecins ont du réaliser une perfusion pour qu’elle augmente suffisamment. Au bout de quelques heures, elle est remontée mais demeurait dans les normes basses, et sa fréquence cardiaque est restée haute, avec une moyenne de 106 battements par minute. Puis, l’un des médecins responsables de l’étude clinique est arrivé à l’hôpital. Il a annoncé au patient qu’il n’avait pas pris l’anti-dépresseur expérimental, car il faisait partie du groupe témoin de l’étude. Il avait donc pris 29 pilules d'un médicament placebo, sans le savoir, puisque l’essai était réalisé à l’aveugle. Quinze minutes après avoir appris la vérité, le jeune homme a vu son état s’améliorer : sa pression artérielle est revenue dans les seuils normaux tout comme son pouls.
L'effet nocebo, un défi pour la communauté scientifique
"L'hypotension de M. A semble être survenue à la suite d'un surdosage de placebo, concluent les scientifiques, auteurs du cas d’étude. Bien que d'autres causes d'hypotension ne puissent être totalement exclues, il s'agit de l'explication la plus probable compte tenu de ses antécédents médicaux, de son examen physique et des analyses de laboratoire réalisées lors de sa consultation, par ailleurs normaux." Ils rappellent que les effets placebo et nocebo demeurent mal compris, même si de nombreux exemples ont été décrits dans la littérature scientifique. "Il a été démontré que la tension augmente chez les sujets ayant reçu des substances inertes et même des relaxants musculaires si les sujets croyaient qu'ils étaient des stimulants. Des réponses paradoxales ont été démontrées aux bronchoconstricteurs et aux bronchodilatateurs chez des patients asthmatiques qui pensaient recevoir les médicaments opposés." Des réactions similaires ont été observées chez des patients allergiques, alors qu’ils recevaient une solution saline. Comme le rappelle l’Inserm, cet effet mal connu des substances témoin est un défi pour les scientifiques : comment informer les patients, participants à une étude ou prenant un nouveau médicament, sur les risques éventuels sans créer d’effet nocebo ?



