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La Santé en Qustions

Le médicament, bouc émissaire ou révélateur d’un système français à bout de souffle ?

Nous voulons les meilleurs médicaments du monde, mais nous soupçonnons ceux qui les fabriquent. Nous exigeons l’innovation, mais nous contestons son prix. À travers l’échange avec Patrick Errard, ancien président du Leem, c’est moins le médicament qui est en procès que notre système de santé lui-même. 

Le médicament, bouc émissaire ou révélateur d’un système français à bout de souffle ? iStock/MJ_Prototype




L'ESSENTIEL
  • Pour Patrick Errard, ce n’est pas le médicament qui pose problème, c’est notre incapacité à assumer les choix qu’il impose.
  • L’innovation médicale accélère, les coûts augmentent, la démographie médicale se dégrade, et les finances publiques sont contraintes.
  • "Le courage politique consiste à dire la vérité : nous ne pourrons pas tout financer et choisir, ce n’est pas renoncer, c'est hiérarchiser, prioriser, organiser", affirme Patrick Errard.

Le débat sur le médicament en France est saturé de contradictions. Il est omniprésent dans le discours public, souvent accusé, rarement compris. Trop cher, trop lent à arriver, trop dépendant de l’industrie, pas assez accessible… il concentre toutes les critiques. Pourtant, comme le rappelle Patrick Errard, cette focalisation masque une réalité plus simple et plus dérangeante : le médicament n’est pas le cœur du problème, il en est l’indicateur.

Le médicament, variable d’ajustement d’un système sous tension

Dans les dépenses de l’Assurance maladie, le médicament représente environ 127 euros sur 1000. Bien loin derrière l’hôpital et les soins de ville. Et pourtant, c’est lui qui cristallise les débats. Pourquoi ? Parce qu’il est l’un des rares postes sur lesquels l’État peut agir rapidement. Une "variable d’ajustement", dit Patrick Errard. Autrement dit, un levier budgétaire.

Cette situation crée une distorsion profonde. Le médicament devient un objet politique avant d’être un objet médical. On débat de son prix bien plus que de sa valeur. On discute de son coût immédiat, rarement de son impact global. Or la réalité médico-économique est plus complexe : un médicament très cher peut être économiquement pertinent s’il évite des hospitalisations, des arrêts maladie ou des traitements chroniques.

Le paradoxe est là. La France dispose d’un système solidaire qui permet l’accès aux traitements indépendamment des revenus, mais elle gère cet accès dans un cadre budgétaire contraint. Résultat : une tension permanente entre innovation et soutenabilité.

Innovation, souveraineté, dépendance : les illusions françaises

Le discours politique actuel est marqué par une ambition : retrouver une "souveraineté pharmaceutique". Produire à nouveau en France, sécuriser les approvisionnements, relocaliser. L’intention est compréhensible. La pandémie de Covid a révélé une dépendance inquiétante vis-à-vis de la Chine et de l’Inde.

Mais pour Patrick Errard, cette ambition relève en partie du mythe. La réalité industrielle est brutale : la quasi-totalité des principes actifs chimiques est aujourd’hui produite hors d’Europe. Relocaliser intégralement est non seulement difficile, mais économiquement irréaliste à court terme.

Surtout, cette vision nationale est dépassée. Le véritable enjeu n’est plus la France, mais l’Europe. L’innovation pharmaceutique est désormais globale. Les États-Unis dominent, la Chine accélère, et l’Europe peine à exister comme puissance cohérente.

Penser en termes nationaux revient à se condamner à l’impuissance. L’échelle pertinente est européenne : évaluation, prix, distribution, stockage. Sans cela, l’Europe restera fragmentée, vulnérable et moins attractive.

Mais cette question industrielle cache une autre réalité : la dépendance n’est pas seulement géographique, elle est aussi structurelle. Le modèle économique du médicament repose sur un équilibre fragile entre recherche, rentabilité et régulation. Et cet équilibre est de plus en plus difficile à maintenir.

Une révolution thérapeutique que le système ne sait plus absorber

Le système de santé français est confronté à une mutation profonde : l’arrivée de thérapies extrêmement innovantes… et extrêmement coûteuses. Thérapies géniques, immunothérapies, biotechnologies. Des traitements capables de transformer radicalement le pronostic de certaines maladies.

Mais à quel prix ?

Certains traitements atteignent 100 000, voire 200 000 euros par patient. Une somme qui choque. Pourtant, comme le souligne Errard, le raisonnement doit être global. Si un traitement permet une guérison durable, il peut éviter des coûts bien supérieurs à long terme.

Le problème n’est donc pas uniquement le prix. C’est la capacité du système à absorber ces innovations dans un cadre budgétaire contraint. Car chaque euro dépensé ici est un euro qui ne l’est pas ailleurs.

Nous entrons dans une médecine de plus en plus performante… mais aussi de plus en plus sélective. Le risque est celui d’une médecine à deux vitesses, non pas officiellement, mais de fait. Des délais d’accès, des arbitrages invisibles, des priorités implicites.

La France reste attachée à un modèle universel. Mais ce modèle est mis sous tension par l’accélération scientifique. Le progrès va plus vite que la capacité collective à le financer.

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