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Avec précaution

Greffe de poumon : le donneur peut-il être alcoolique ?

Par Arnaud Aubry

Selon une étude, les patients qui reçoivent des poumons de donneurs alcooliques auraient plus de risques de souffrir d'une dysfonction précoce du greffon. Des résultats à prendre avec précaution 

MARAIS GILL/SIPA

La consommation élevée d’alcool par les donneurs d'organes serait-elle un facteur de risques pour les patients transplantés ? C’est en tout cas ce que soutient une nouvelle étude publiée dans la revue Alcoholism : Clinical and Experimental Research.
Les chercheurs de l’Université Loyola de Chicago ont découvert que ces patients receveurs avaient 8,7 fois plus de risques de souffrir de « dysfonction primaire du greffon ». Cette défaillance est une atteinte pulmonaire aiguë grave qui survient entre les premières heures et les premiers jours suivant une transplantation pulmonaire.

Pour les besoins de l'étude, les chercheurs ont étudié  la greffe de 173 poumons. La grande consommation d’alcool a alors été définie comme plus de 3 verres par jours pour une femme (ou plus de 7 verres par semaine) et plus de 4 verres par jour pour les hommes (ou 14 verres par semaine).  Les gros buveurs devaient aussi devaient également montrer une biopsie du foie anormale. 


Cependant, ces résultats intéressants doivent être pris avec précaution. « Lorsque l’on veut analyser l’impact d’un facteur, explique le Pr Olivier Bastien, directeur du prélèvement et de la greffe de l'Agence de biomédecine, il faut qu’il puisse être observé indépendamment des autres. Or, l’alcoolisme est souvent associé avec le tabagisme : il est donc difficile d’avoir des groupes qui seraient uniquement alcooliques sans tabac, et inversement. » 

Ecoutez le Pr Olivier Bastien, directeur du prélèvement et de la greffe de l'Agence de biomédecine : « L’alcoolisme est probablement le témoignage d’une hygiène de vie insuffisante, [mais] ce n’est pas un facteur qui ressort habituellement dans les études. »





De plus,  les personnes qui consomment de hautes doses d’alcool ont plus de risques de décéder de morts violentes, que ce soit dans des accidents domestiques ou des accidents de la route, qui peuvent endommager les poumons. Des facteurs de confusion qu’il n’est pas toujours évident de déceler.

Ecoutez le Dr Gabriel Thabut, professeur de pneumologie à l’hôpital Bichat : « On ne peut certainement pas partir de [cette étude] pour contre-indiquer l’utilisation de ces greffons. On ne peut pas se permettre de refuser des greffons qui nous sont proposés alors que l’on est en période de pénurie de donneurs ».



Ce spécialiste précise également que la dysfonction primaire du greffon est une défaillance qu’il est souvent difficile de décrypter, donc là aussi, ces résultats nécessitent une certaine prudence.

Des critères moins exigeants qu’il y a 25 ans

Pour l’instant en France, l’alcool n’entre pas en ligne de compte dans les critères de sélection pour une greffe du poumon. En fait, « les critères peuvent varier d’une équipe à l’autre », confesse le Pr Gabriel Thabut. Selon ce dernier, il y a 3 critères principaux : il faut que le donneur ne soit pas « trop âgé », qu’il n’ait « pas trop fumé » (moins d'un paquet par jour pendant 20 à 30 ans, en fonction des équipes), et qu’il n’ait « pas de traumatisme thoracique ».

Hormis pour les cas où le don d'organe est très clairement contre-indiqué, la situation est analysée au cas par cas : « Dans le cas d’une femme qui vit à la campagne, qui ne boit pas, ne fume pas… même si elle a 70 ans, ses poumons ne seront pas abîmés », indique ainsi le Pr Bastien.

« Il y a 25 ans, quand nous avons commencé la transplantation de poumon en France, nos critères étaient très restrictifs », indique le Pr Thabut. Par exemple, les donneurs ne pouvaient pas avoir plus de 55 ans. Depuis, les chercheurs se sont aperçus que les personnes plus âgées pouvaient être de parfaits donneurs.
De même, les fumeurs sont souvent de bons candidats pour donner leurs poumons : 47 % des patients greffés recevraient des poumons issus de gros fumeurs, selon une étude publiée dans la revue Annals of Thoracic Surgery et que nous relayons en février dernier. Leur taux de survie, 3 ans après la greffe, serait similaire à ceux qui ont reçu des poumons de non-fumeurs. « 10 à 20 % des transplantés des poumons meurent après la première année », rappelle le Pr Thabut. Le risque dépend de la maladie.